(jinja)


 
Ouest de Honshu
Régions Chūgoku et Kansai
 

APPROCHE INTERCULTURELLE,

UN BRIN DE PSYCHO-SOCIOLOGIE

En toute modestie...
...car vivre toute une vie ne suffirait pas à percer toute la complexité et les mystères de la culture japonaise. Il faut naître Japonais car on ne devient pas Japonais.
Alors que peut-on comprendre de ce pays à partir d'un voyage éclair de deux semaines ?

QUELQUES NOTIONS
Le Japon présente cette particularité à mes yeux de sembler si proche et familier par certains aspects et si lointain et étrange par d'autres. Cela tient pour beaucoup à son histoire si particulière liée à son insularité.
Ce pays a vécu de longues périodes d'isolement involontaire ou voulu alternant avec  des périodes d'ouverture. L'Asie continentale a "découvert" le Japon au VIe siècle et le Japon a emprunté au monde Chinois par la suite, parfois via la Corée, jusqu'au milieu du IXe siècle où le Japon rompit ses relations diplomatiques avec la Chine. Inspiré par son modèle, le grand Empire de Chine, le Japon s'est voulu aussi Empire. L'un s'est déclaré descendant du Ciel, l'autre du Soleil (Amaterasu). Puis, repliés sur eux-mêmes, les Japonais développèrent notamment de nouvelles pratiques linguistiques. Les Japonais ont vécu longtemps dans un système féodal, jusqu'à une fermeture au XVIIe siècle face aux Occidentaux (Portugais, Néerlandais, Anglais) perçus comme une menace. C'est par la force qu'il se rouvrira deux siècles plus tard, au milieu du XIXe siècle, face à la flotte américaine du commodore Perry.

Aucune culture n'existe ex nihilo, à partir de rien. C'est patent en ce qui concerne le Japon où il est constamment fait référence à des éléments culturels issus de la Chine impériale. Mais n'est-il pas vrai que toute culture résulte d'influences, d'emprunts?
Prenons le cas des pays l'Europe occidentale de culture gréco-latine et du Japon.
Sans aucun complexe d'infériorité, l'Europe hérite d'une culture (langues, droit, religion, arts) qui lui a été largement imposée par l'Empire Romain car le temps, il y a près de deux millénaires,  a mis une distance à cette dépendance, tout en permettant une assimilation assez rapide, à quoi il faut ajouter la redécouverte des sources gréco-latines à la Renaissance.
Il en est de même pour le Japon mais en inversant les facteurs. De la fin du Ve au milieu du IXe siècle, le Japon fut très influencé par la culture chinoise dont il chercha à s’imprégner systématiquement. Il faut dire que la Chine était alors dotée d'une puissance politique et d'une avance technique supérieure à celles de tous les autres pays voisins. C’est notamment à cette époque (vers le VIe siècle) que les Japonais se sont approprié les idéogrammes japonais, la marque la plus visible de ces emprunts. Si la civilisation chinoise multiséculaire dont le Japon est redevable, perdure toujours, il y a un millénaire que le Japon en a assimilé certains traits (religion et philosophie, écriture, culture du thé, sériciculture, arts et techniques) mais dans une démarche qui, elle, était volontaire.
En 604 (ou 692), les Japonais avaient même abandonné leur ancien calendrier lunaire Hi-oki pour le calendrier luni-solaire chinois Tianbao (créé en 443) introduit par moine coréen Kanroku. A partir de 1684, ils ont compilé leurs propres calendriers (4 versions: Jokyo, Horyaku, Kansei et Tenpo) jusqu'à l'adoption du calendrier grégorien peu après Meiji, en 1872.

Les Chinois aiment bien faire sentir que le Japon est quelque part redevable de beaucoup à la Chine alors qu'au début de l'ère chrétienne il sortait tout juste du paléolithique. Une histoire ou une légende illustrent ce dernier aspect des choses.
 Plusieurs souverains de l'antiquité chinoise ont tenté d'obtenir une "panacée de jeunesse et de longue vie", sous forme d’élixir ou de pilule. Pendant la dynastie Qin, il y a environ 2200 an; le célèbre Empereur Qin Shi Huang (auquel on doit la fabuleuse Armée Enterrée de Terre Cuite de Xi'an) parcourut les côtes de Chine orientale afin de trouver ces remèdes et il envoya vers l'Orient et ses mythiques "îles des immortels" une vaste expédition menée par Xu Fu accompagné de 3000 (1000 selon d'autre sources) filles et garçons vierges, de gardes et de vivres, à la recherche de l'élixir de vie éternelle. Mais l'envoyé ne revint jamais ni aucun membre de l'expédition. Disparurent-ils en Mer Jaune, au-delà de la péninsule du Shandong ou, comme on le raconte, parvinrent-ils à Shingu au Japon mais n'y ayant pas trouvé l'élixir, y restèrent et y firent souche? Au lieu de rentrer en Chine, Xu Fu aurait passé le restant de sa vie à Kumano, transmettant culture et technologie chinoises, notamment dans les domaines des travaux publics et de l'agriculture.
A défaut d'avoir trouvé le fameux élixir, les recherches de la médecine chinoise et du taoïsme de cette époque croyaient qu'ingérer des matériaux précieux connus pour ne pas s'abîmer, comme l'or, le jade, le cinabre (sulfure de mercure) ou l'hématite pouvaient conférer la longévité. L'Empereur Qin Shi Huang Di mourut d'une intoxication au cinabre en 210 av. J.-C.

Aucune de ces civilisations, aussi bien occidentale que japonaise n'a donc eu à affronter le dramatique complexe de devoir "tuer le père" pour exister par elles-mêmes. A moins de considérer l'état de belligérance du Japon pendant la première moitié du XXe siècle comme une sorte de revanche contre la Chine et l'Amérique...
 

LE RESSENTI
En vous livrant quelques impressions au terme de ce voyage, je n'ai pas l'intention de déflorer le récit qui suit mais au contraire de vous inciter à approfondir la découverte de ce pays et de ses habitants.
En vrac, je vais essayer de dire ce que j'en retiens.
Dans un pays où la nature peut se montrer violente, on se sent en sécurité au milieu des gens. On ne sent pas d'agressivité dans les espaces publics. Les jeunes écoliers peuvent se rendre à l'école à pied sans être accompagnés. Les mal voyants ont des cheminements podotactile (sensibles par les pieds) partout dans les villes, les personnes à mobilité réduite et les personnes conduisant des poussettes ne buttent pas contre des trottoirs (les angles de trottoirs sont pratiquement effacés) et n'ont pas de seuil ou de marche à franchir pour monter dans un train ou un métro. Une mégalopole comme celle de Tokyo n'est pas asphyxiée par la pollution et la circulation y est relativement plus fluide que dans d'autres grandes cités de part le monde. On ne se sent jamais perdu car les Japonais ont une sorte de sens de la responsabilité qui fait qu'ils sont plus attentifs que bien d'autres s'ils vous sentent en difficulté. Je suppose que ce dernier trait résulte d'une profonde imprégnation confucéenne tendant à rechercher l'harmonie... et cela s'accommode bien des fortes densités urbaines du Japon moderne. Une exception notable et bien visible, l'urbanisme, un domaine dans lequel semble régner l'anarchie et où chacun peu donner libre-cours à sa fantaisie.
Bien sûr, je ne suis ni naïf ni ignorant de la face cachée de cette culture. Cette pression et ce contrôle social qui limitent l'expression de la liberté et de la personnalité de chacun ("il faut enfoncer le clou qui dépasse") génèrent des dérives et des effets pervers: persécutions et suicides dans les écoles, jeunes hikikomori qui restent cloîtrés chez eux, harcèlement moral dans les entreprises, lorsqu'elle existe, vie de famille en peau de chagrin (longues journées, peu de congés)... Quant à la criminalité, elle existe aussi mais sous le forme souterraine du grand banditisme mafieux (avec les yakusa). Dans l'immense "ruche" qu'est la société nippone, il s'avère que les "abeilles" souffrent psychologiquement d'un vide mêlant solitude, timidité et peur d'importuner les autres, même quand il s'agit de proches...
Si toute civilisation comporte une part de schizophrénie, on voit qu'elle est loin d'être négligeable au Japon. La rue exprime une part de ces contradictions avec la présence de ces jeunes lolitas excentriques qui amusent les touristes et laissent les Japonais de marbre. Le rapport au corps des autres est également étrange, empreint d'une certaine forme de contradiction. On n'embrasse pas ses parents, on se salue mais on ne se serre pas la main, les amoureux ne se tiennent même pas par la main mais on prend son bain avec des inconnus dans les onsen... L'urbanisme de la reconstruction d'après-guerre semble lui aussi empreint d'un farouche individualisme peu soucieux d'harmonie d'ensemble.
 

RAFFINEMENT
L'assimilation, l'appropriation des éléments de culture chinoise a été poussée à l'extrême
.
Les Japonais ont le plus souvent poussé leur art vers le dépouillement et le raffinement. Un exemple est celui des jardins zen. Le zen est la branche de bouddhisme mahāyāna qui insiste sur la méditation, arrivée en Chine vers le VIe siècle puis transmise au Japon au XIIIe siècle que le moine Dōgen).
Ce goût pour le dépouillement se retrouve dans le domaine de l'expression écrite, bien avant notre tweet  minimaliste de 140 caractères, les Japonais ont inventé l' haïku . Le mot résulte de la contraction des mots Haikai (qui signifie "amusement") et de Hokku (qui signifie "court"). Il dérive de la poésie sous forme tanka, apparue au VIIIe siècle qui comprenait deux strophes, l'une de 14 more (syllabes ou pieds si l'on transpose la notion dans notre langue) et l'autre de 17. L'haïku créé par Basho au XVIIe siècle correspond à cette dernière et se décompose en un tercet de 5, 7 et 5 pieds. Il doit exprimer l'évanescence des choses et, dans le strict respect de la forme, il doit donner une notion de saison  et comporter une césure.

古池や furuike ya (5)Un vieil étang et
蛙飛込む kawazu tobikomu (7) Une grenouille qui plonge,
水の音 mizu no oto (5) Le bruit de l'eau.

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Etape suivante: Centre de Honshu

Lundi 21 septembre

 Bref aperçu d'OSAKA

 Pendant les trois jours à venir, nous verrons pas mal de Japonais en congés ou faisant du tourisme car nous sommes au milieu d'une silver week de 5 jours, après le week-end, ce lundi et mercredi sont des jours fériés (fête des personnes âgées puis fête de l'équinoxe), complétés d'un pont entre les deux...  Les Japonais partent alors à la campagne (ou à la montagne) et alors les touristes chinois ou coréens ont libre cours dans les villes.

 

Kansai Airport construit en 1994 est situé sur une île artificielle dans la baie d'Osaka, reliée "au continent" (si l'on peut dire) par un pont, d'où l'étrange impression d'y amerrir... Il a été conçu par l’architecte italien Renzo Piano. Donc à une bonne cinquantaine de kilomètres du centre de la ville, soit environ une heure de trajet.

Nous quittons la zone aéroportuaire vers 9H30 sous un ciel gris puis nous longeons les bassins du port. Bien que n'ayant pas été une colonie britannique, le Japon a adopté la conduite à gauche dès l'époque Meiji à la suite d'une décision impériale favorisant les ingénieurs britanniques (d'où aussi les boîtes aux lettres rouges) au détriment des "droitistes", les ingénieurs français, soutenus par les anciens partisans du shogunat Tokugawa.

Située à quelques 600 kilomètres au sud-ouest de Tokyo, Osaka est un centre d'affaires comptant 2,7 millions d’habitants. C'est la troisième ville du Japon, derrière Tokyo et Yokohama. Son urbanisme brouillon est en partie dû à sa reconstruction rapide après les bombardements de 1945.

Nous allons faire la découverte pédestre du quartier animé de Minami ou Namba. Les galeries (Ebisubashi-suji) avec boutiques, salles de jeu  et les rues piétonnes noires de monde (Dôtonbori) et  avec des bars et des dizaines de restaurants aux enseignes plus extravagantes les unes que les autres. On y verra aussi des boutiques de paris hippiques et toutes sortes de distributeurs (le pays en compte plus de 5 millions et ils génèrent 5000 milliards de yens de chiffre d'affaires): de cigarettes avec lecteur de carte d'identité (vente d'alcool et de tabac autorisée aux plus de 20 ans mais seuil qui pourrait se trouver abaissé puisque que les jeunes peuvent conduire et voter à 18 ans), de boissons froides ou chaudes et même de petites culottes (y compris souillées, pour les fétichistes japonais qui marquent  un fort attrait pour ce genre d'article depuis les années 1990!)...  On en trouve aussi bien sur les espaces publics que sur les paliers de certains hôtels. Il faut  préciser que les premiers distributeurs automatiques de cigarettes étaient même apparus au Japon dès 1888, invention de Koshichi Tawayara.
Petit aparté à propos de tabac, on peut être étonné de voir tant de Japonais fumer dans les lieux publics ouverts et dans les chambres d'hôtels comme on aura assez souvent l'occasion de faire l'expérience désagréable d'avoir une chambre précédemment occupée par des fumeurs.
Et toujours à propos de distributeurs, ceux où l'on peut retirer de l'argent font exception car ils ne sont pas si répandus que cela et de  plus refusent souvent les cartes de retrait étrangères. Il est vrai que les Japonais utilisent peu ce genre de moyen de paiement. Retraits possibles dans les DAB à service international de la Poste à l'enseigne  "ATM" mai souvent fermés après 17H, les dimanches et jours fériés. Il vaut mieux compter sur les distributeurs des Seven Bank, à l'intérieur des konbini de la chaîne 7-Eleven. Ces supérettes ouvertes 24h/24 et 7 jours/7.

C'est aussi l'occasion de voir quelques lolitas qui nous mettent déjà dans une ambiance tokyoïte. En revanche en majorité les jeunes filles ont adopté des styles vestimentaires qui selon nos critères ne sont pas des summums d'élégance: jupe courte, chaussettes, chapeaux et surtout bonnets perchés au sommet du crâne.
Le contraste est violent avec l'élégance de femmes qui ont opté pour le port du kimono ou plus probablement du yukata (kimono léger pour l'été). A noter que le kimono ou gofuku (littéralement "vêtement des Wu") a trouvé son inspiration dans les vêtements traditionnels des Hans à partir de l'envoi d'ambassades en Chine au Ve siècle.
A leurs pieds, on voit les   tabi, chaussettes de cérémonie traditionnellement blanche dons le pouce est découplé des orteils, particularité  indispensable pour aller avec les divers modèles de souliers japonais (geta, zori ou jika-tabi) maintenus au pied par deux lanières rondes passant entre le gros et le second orteil.
Plus conventionnels sont les Japonais et surtout les Japonaises circulant à vélo avec un dispositif permettant de fixer une ombrelle (ou un parapluie) sur le guidon.


Les zōri sont formées d'une semelle plate et de deux lanières rondes passant entre le gros orteil et le second orteil, puis se séparant pour s'arrimer sur le côté de la semelle aux trois quarts de sa longueur. Traditionnellement, la semelle supérieure des zōri était faite de paille de riz ou en jonc igusa (Juncus effusus) comme pour les tatamis. La semelle inférieure est généralement en caoutchouc ou en plastique brillant (imitant quelque peu la laque) Les zōri à semelle de paille ne sont plus guère portées qu'à la campagne ou dans le cadre des arts martiaux, pour éviter de se salir les pieds durant le trajet entre le vestiaire et le tatami. Les zōri contemporaines, portées avec des tabi (chaussettes japonaises à pouce séparant le gros orteil des autres orteils) en général blanches, sont en revanche l'accessoire indispensable du costume traditionnel  porté dans les grandes occasions, voire dans la vie quotidienne.
Les geta sont un autre type de chaussures traditionnelles du Japon dont le bruit sur le sol est très caractéristique car ce sont des socques de bois. Bien que plus rares aujourd'hui, elles sont encore portées avec des vêtements comme les yukatas ('kimono' léger d'été), mais aussi avec des vêtements occidentaux et surtout lors des festivals. Il existe une grande variété de getas. Elles sont traditionnellement en bois et sont composées d'un corps ('dai') qui comporte (généralement) des dents ('ha'), deux le plus souvent,  et d'une lanière ('hanao'). Comme les zōri , elles se portent pieds nus ou avec des tabi'. 

 

Nous reprenons le bus pour gagner le centre où se situe le château, dans un parc entouré de douves.  Notre programme ne permet que d'en avoir une vue extérieure, tours d'angles et donjon. Construit en 1585, détruit en 1615, il fut frappé par la foudre quelques années plus tard et reconstruit dans les années 1930 et même doté d'ascenseur en 1958.


Nous repartons un peu plus au nord vers le quartier Kita ou Umeda, juste au sud de la rivière Yodo,  qui se déploie autour de ses principales gares. Il constitue la façade moderne de la ville. C’est le quartier du business, des gratte-ciel, des hôtels et des galeries commerciales. On peut y voir la gare moderne (2012) conçue par Tadao Ando, un des plus célèbres architectes du monde (à 71 ans) ou  le canard géant de Florentijn Hofman ou le Umeda Sky Building.

 

Nous déjeunons au Osaka Dai-Itchi Hotel (self).

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 Le château d'HIMEJI

Vers 13H30, nous quittons Osaka en direction de l'ouest, par l'autoroute qui longe la Mer Intérieure de Seto séparant l'ouest de Honshu de l'île de Shikoku. Un trajet d'un peu plus de 100 kilomètres jusqu'à Himeji.
Nous traversons bientôt Kobe. Une ville deux fois détruite en moins d'un demi-siècle: par les bombardements au napalm  en 1945 et par le violent séisme de 1995. Sur notre droite nous laissons la Tour (108 mètres) du port de Kobe destinée aux télécommunications, une étrange structure hyperboloïde métallique rouge.

Sous un ciel devenu d'un joli bleu, nous voici à Himeji (littéralement ''Temple de la princesse''), une ville de 550 000 habitants. A 15H30, nous prenons possession de nos chambres à l'hôtel Nikko Himeji 3* (appartenant à la compagnie aérienne JAL), située juste en face de la gare et du fameux château qui apparaît sur une colline tout au bout de l'avenue Shiroganemachi. Après avoir déposé nos bagages dans nos chambres spacieuses et confortables et fait la découvertes des toilettes japonaises multifonction ("douchage de l'avant ou de l'arrière"), malgré la fatigue de notre long voyage,  nous sommes les seuls du groupe à profiter des deux heures et demie de jour pour aller tranquillement faire une première reconnaissance en direction du château distant de 1,5 kilomètre tout au plus, non sans avoir jeter un coup d'oeil dans le centre commercial de la gare où l'on trouve même des galettes St Michel. Nous découvrons la charmante signalétique sonore des feux pour piétons qui chantent comme un coucou ou émettent le sifflement d'un oiseau. On verra ce système dans d'autres villes.
Il est plus de 17H lorsque nous arrivons dans le parc situé au pied du château alors qu'un flot de visiteurs en sort. Ce château est situé  au sommet d'une colline appelée Himeyama  (46 mètres d'altitude) au-dessus du  parc Kōkoen créé en 1992 pour commémorer les 100 ans de la ville de Himeji. En fin de journée, une superbe lumière éclaire l'édifice. Autour on peut voir une faune plus ou moins étrange: une colonie de chats, des jeunes bizarrement attifés et de gracieuses dames en kimonos ou yukata... Retour tranquille à l'hôtel avec le crépuscule.

A 19H, nous dînons au Banshu Shamo Nojo. Nous allons commencer notre expérience de la vie en chaussettes ou en pantoufles car il faut se déchausser à l'entrée ou dans le vestibule (genkan) de la plupart des restaurants, temples et sanctuaires, châteaux, musées et bien sûr chez les gens si on a le privilège de cette expérience. Ce que l'on ignore alors c'est que des hôtes bienveillants feront en sorte que nous retrouverons nos chaussures dirigées vers la sortie.
Au menu:
salade, tsukemono (légumes ayant macéré dans du vinaigre, de la saumure, des épices ou du shôyu), petites boîtes laquées avec des blocs de tofu (kinugoshi tofu) avec du miso et omelette roulée sucrée-salée tamagoyaki  avec boulette de poulet,  fondue de légumes mizutaki nabe (avec tofu, longs et fins champignons blancs enoki), du chou chinois, du poireau, des nouilles udon (à base de farine de froment) et friture de poulet, genre karrage...
Au retour, traversée de la gare un peu animée par des jeunes rassemblés autour de musiciens, quelques lolitas...


DU SOJA AU TOFU


Le soja (Glycine max) ou soya, celui dont on fait du "lait" et du tôfu, appelé aussi  pois chinois ou haricot oléagineux, est une espèce de plante annuelle de la famille des légumineuses, originaire d'Asie orientale dont il existe plusieurs variétés: à port grimpant ou rampant, à graines jaunes, noires ouvertes... Son nom savant est trompeur car le soja n'a qu'une très lointaine parenté (au niveau de leur sous-famille) avec ce que dans nos jardins d'agrément on nomme "glycine "(Wisteria). Bien peu de parenté (même famille des Fabaceae) également avec le haricot mungo (Vigna radiata), légumineuse originaire du sous-continent indien bien connue sous la forme germée erronément appelée "pousses de soja".
Le tôfu est une base de l'alimentation asiatique originaire de la Chine
. Il est  obtenu à partir de graines ("haricots") de soja (Glycine max) et ses techniques de production ont été introduites en Corée puis au Japon durant la période Nara. Elles se sont aussi répandues dans d’autres parties de l’Asie de l’Est. La diffusion du tôfu coïncide avec celle du Bouddhisme compte tenu qu’il est une source importante de protéines dans les régimes végétariens religieux.
Le tôfu est produit en coagulant du lait de soja bouilli et en pressant le lait caillé résultant. Deux types de coagulants sont utilisés. Il s'agit soit de sels (du sulfate de calcium autrement dit du gypse, du chlorure de magnésium ou du chlorure de calcium) ou d'un acide organique, le glucono delta-lactone, également utilisé dans la fabrication de fromages. Selon la texture désirée, les fabricants peuvent utiliser l'un ou l'autre des coagulants ou le mélanger.
Il existe une grande variété de tôfu: frais, séché, fermenté, parfumé (aux fruits), aux oeufs, glacé. Le tofu frais peut être tendre et soyeux, qu'au Japon et en Corée on fait à partir d’eau de mer (impossible de le saisir avec des baguettes, on le mange à la cuillère), ferme ou séché. Le tôfu peut être  verdâtre, c'est le tôfu edamame kinugoshi obtenu à partir de edamame (grains de soja frais et donc vert). Il  existe aussi un  tôfu  soyeux grisâtre ou noir  (kuromame kinugoshi) fait à partir de kuromame, des grains entiers de soja noir (Glycine max Tambaguro). La texture du tôfu de grains noirs est légèrement plus gélatineuse que celle du tôfu habituel et la couleur a des tons plus grisâtres. Ce type de tôfu est "apprécié" pour son goût terreux.
N'oublions pas la peau de soja (yuba),  le film  complexe composé de protéines de soja et de lipides qui se forme en surface lorsque le lait de soja bouillonne. La peau peut être mise en bouquet et séchée dans une forme qui est connue sous le nom de "bambou de tôfu" (kusatake). Comme cette "peau"  a une texture élastique douce, elle peut être pliée et mise en forme de diverses façons comme en rouleaux.
Le tôfu  peut être consommé cru, cuisiné frit (aburaage), être utilisé dans des soupes, en sautés, cuit à l’étuvé ou dans une sauce.

 

Mardi 22 septembre

Une belle journée en perspective à en juger par le ciel d'azur.
Nous quittons l'hôtel assez tôt, à 8H, nous comprendrons bientôt pourquoi.

Au programme, nous allons visiter le château d'Himeji, le plus grand des douze châteaux féodaux du Japon, la seule et unique forteresse du Japon en son état d'd’origine. Nous avons de la chance car il n'a été rouvert à la visite que depuis un an et demi, après des travaux qui ont duré 5 années.
Dix minutes plus tard, nous rejoignons la queue déjà bien garnie de visiteurs qui attendent patiemment. Plaignons ceux qui font cette queue en pleine chaleur. Une queue au Japon, c'est tout une organisation. Ici des jeunes en assurent la gestion, en fractionnant et en délivrant des billets pour les groupes. De la sorte notre attente n'est pas trop longue et à  9H, nous empruntons les allées zigzagantes qui montent vers le château où nous pénétrons bientôt. Le cheminement par des allées reviennent sur elles-mêmes était fait pour désorienter les ennemis.



Le château de Himeji, le plus visité au Japon, est le château le mieux préservé et le plus connu. Bien que la ville ait été bombardée en 1945, le château a échappé à la destruction (j'ai entendu dire qu'il avait été masqué par un camouflage peint pour éviter d'être repéré mais je n'ai nulle part trouvé confirmation de cette information). Son origine remonte au XIVe siècle, pendant la période de Muromachi. Le château est inscrit depuis 1993 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. C'est l'un des douze seuls châteaux japonais en bois encore existants. Il comporte 83 bâtiments divers:  entrepôts, portes  et tourelles. Il est connu sous le nom de Shirasagi-jō  ou "château du Héron blanc", en raison de sa couleur blanche due au plâtre qui l'habille, cela en raison de sa résistance au feu. Par sa blancheur, il fait écho au château noir d'Okayama situé à 50 km de là.
Les shashi-gawara   ou kinshachi ou encore shachihoko ressemblant à des dauphins à tête de tigre en or qui ornent le toit sont des animaux mythiques inspirés de la mythologie chinoise (Chiwen, "l'un des neuf fils du dragon"). Ils symbolisent l'autorité du seigneur féodal et .protégeaient disait-on le donjon du feu, on comprendra pourquoi en visitant le monument.

Visite en chaussettes, chaussures mises dans un sac que l'on garde avec soi. Pas de problème, les planchers sont impeccables. Le donjon à 6 étages, haut de près de 47 mètres,  a été réalisé aux XVIe-XVIIe s. La visite ne permet pas de découvrir de mobilier mais d'apprécier l'architecture de cet imposant édifice qui repose pourtant sur une simple ossature de poteaux, dont deux énormes piliers, et de  poutres en bois que dissimule une "armure" de maçonnerie. On peut également voir les systèmes de défense (des sortes de mâchicoulis qui permettaient de jeter des pierres et de l'huile bouillante sur les assaillants) et des passages secrets où se dissimulaient des soldats en cas d'envahissement. Au premier étage se trouve le Musée des armes. Un autel à une divinité shinto est aménagé au dernier étage visité mais c'est surtout le panorama que l'on a depuis les ouvertures qui est intéressant, tant sur les constructions, enceintes et douves que sur la ville.

Il est un peu plus de 11H lorsque nous quittons Himeji, à la périphérie de laquelle s'insinuent des parcelles de rizières.  300 kilomètres nous séparent de Hatsukaichi-Miyajima. Toujours cap à l'ouest.

Après deux jours d'immersion dans le pays, ce qui retient notre attention au sujet du parc automobile, outre la présence de grosses berlines allemandes (Mercédès, BMW) et la quasi absence des françaises (quelques Peugeot et même 2 vieilles BX Citroën), c'est le design particulier (mais d'ailleurs peut-on parler de design)  des petits modèles genre minispace ou minivan. Méchamment on pourrait dire que ces espèces de petites fourgonnettes sont des "boîtes à chaussures sur roues".
Les véhicules de type keijidosha  ou K-car  sont de petits véhicules compacts qui bénéficient d'avantages au niveau des taxes et assurances ce qui en fait des autos très prisées des Japonais. De faible puissance, d'une taille maximum de 1,48m en hauteur et 3,40m de longueur, ces voitures portent des plaques d'immatriculations spécifiques à fond jaune.
L'un des modèles emblématiques qui fait fureur au Japon depuis plus de 15 ans porte bien son nom, il s'agit de la Nissan Cube. Tout aussi peu séduisantes, on trouve encore la Nissan Moco, la Nissan Vamos, la Honda N Wagon, la Honda N Box,  la Toyota Pixis, la Subaru Sambar,  la Daihatsu Move, la Suzuki Wagon, la Suzuki Spacia ou la Suzuki Lapin (ça ne s'invente pas) et bien d'autres...
Dans des villes où l'espace est compté, cela résulte d'une conception avant tout utilitariste et fonctionnelle de l'automobile: avoir une logeabilité maximale pour un minimum d'encombrement.
Concernant les carburants, le litre de carburant coûte environ 148¥ pour le super, 137¥ pour l'essence sans plomb et 119¥ pour le diesel., soit aux environs d'un Euro.
Au Japon, avec 455 voitures particulières pour 1000 habitants, la densité d'équipement  est sensiblement voisine de celle de la France qui est de 482 (statistiques 2011). A noter qu'à partir de l'âge de 70 ans les conducteurs japonais sont incités à ne plus conduire s'ils optent pour "une prime de renoncement".


Nous dépassons Okayama puis Kurashiki (près de 550 000 habitants) et c'est bientôt Fukuyama (près de 550 000 habitants également) où nous faisons étape pour déjeuner.  Déjeuner-buffet au New Castel Hotel avec une belle assiette de pâtisserie, pâtes de fruits et fruits et tranches de fruits.

Après le repas, nous arrivons à  Hiroshima que nous dépassons. Il fait un temps superbe et le thermomètre atteint les 26°. Parfois, on aperçoit de petits cimetières d'incinération avec leurs stèles caractéristiques. Nao précise que les inhumations sont proscrites. La pratique de la crémation résulte en grande partie du manque d'espace  (49 jours  après, l’urne est portée au caveau familial où plusieurs membres de famille reposent).

Le défunt devient un ancêtre dont la vénération est l'un des fondements de la famille japonaise. La plupart des maisons ont un kami-dana, une étagère d'esprits (ou d'âmes), sur un mur intérieur de la maison. Après la mise en terre, le nom du défunt est inscrit sur une tablette déposée dans le kami-dana. Il contient habituellement des objets qui ont une signification spirituelle pour cette famille particulière. Il recèle la liste des noms des ancêtres.

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 Île de MIYAJIMA

A un peu plus de 16H, nous voici à Hatsukaichi, une localité d'une centaine de milliers d'habitants qui depuis 2005 intègre la petite île de Miyajima  (3x6km), universellement connue pour le célèbre torii flottant du sanctuaire d’Itsukushima-jinja. Ce lieu célèbre, bâti en 593 sur pilotis dominant une crique, resplendit à marée haute lorsqu’il se reflète dans la mer, ce qui est le cas le soir. Quelle chance car pour profiter, il faut tenir compte de l'horaire des marées. Pourtant, c'est la marée basse qui est attendue par les  pèlerins pour franchir cette porte sacrée.

Le site est classé au Patrimoine Mondial de l'UNESCO   depuis 1996. A noter que le site est  jumelé avec un site prestigieux, notre Mont Saint-Michel.

Nous sommes étonnés de voir souvent des vieillards s'occupant des parkings et des guichets, comme c'est le cas ici.  Il s'avère que la poursuite d'activité à l'âge de la retraite résulte souvent plus d'une habitude de vie laborieuse et de sentiment d'utilité sociale que de nécessité financière pour compléter une retraite parfois maigre car les Japonais savent s'accommoder de la frugalité.

 


Courte traversée en ferry depuis le terminal de Miyajimaguchi en côtoyant des pastiches de bateaux européens du temps des conquêtes coloniales. Une traversée de 10 minutes, en laissant sur notre droite le torii d'une couleur vermillon tirant vers l'orange, ce qui surprend car les images que  nous en avons lui donne plutôt une teinte pourpre mais on verra que tout change en fonction de la lumière. Toute l'île est sacrée et on n'y trouve ni maternité ni cimetière car il est interdit d'y accoucher ou d'y mourir (!) afin de préserver sa pureté.

Nous sommes accueillis sur l'île par des cerfs sika (Cervus nippon), des animaux de taille modeste ressemblant à des daims mais qui sont de redoutables dévoreurs, y compris de billets de retour du ferry. Superbes vues du torii, plus ou moins à contrejour, pendant le quart d'heure où nous longeons la rive en direction du sanctuaire.  Un  premier torii a été bâti au XIIe siècle et l'actuel date de 1875.

Dans le sanctuaire shinto construit sur pilotis se pressent touristes et fidèles. Le sanctuaire dédié au Dieu de la mer fut érigé durant l'ère Heian (794-1185) par le clan Taira, clan d'ascendance royale, qui contrôlait la Mer Intérieure d'Osaka à Fukuoka (port qui commerçait avec la Chine) et protégeait le commerce maritime  contre la piraterie, ce qui lui valait une grande estime auprès de l'Empereur. Ce clan fut vaincu par celui des Minamoto en 1185 lors de la bataille navale de Dan-no-ura qui fut à l'origine d'une première lignée shogunale installée à Kamakura.

Nao
nous montre la manière de prier dans un sanctuaire shinto selon la formule "2-2-1": après avoir mis son obole dans le tronc et tiré la cloche, on s'incline 2 fois, on frappe 2 fois dans ses  mains en les joignant ensuite et enfin on  s'incline 1 dernière fois légèrement. Une famille de fidèles est reçue dans un pavillon par un prêtre qui effectue une sorte de bénédiction. On peut également voir des empilements de jolis "barils" de saké offerts au sanctuaire.  Ce genre de tonneau appelé sakadaru ou kazaridaru, est également  destiné au stockage  de la bière. Ces récipients rituels sont faits de matériaux considérés comme purs:  bois de cèdre et recouvert d'une paillasse et ceint d'une corde de riz.


LE RITUEL DANS UN SANCTUAIRE SHINTO

On s’incline légèrement avant de passer sous un torii, le grand portique en bois rouge qui marque l’entrée d’un sanctuaire shinto, et on doit marcher sur le bas-côté du chemin, parce que le milieu est réservé aux Dieux.
La purification est l'étape la plus complexe. Selon un rituel codifié, on se lave les mains et on se rince la bouche à la fontaine de l’entrée appelée mitarashi. Pour cela, on puise de l’eau à l’aide d’une petite louche à long manche (hisyaku) avec la main droite et on se lave la main gauche. Ensuite, on tient cette louche de la main gauche et on se lave la main droite. Enfin, de la main droite, on recueille de l’eau dans la main gauche pour se rincer la bouche puis on remet la louche en place après l’avoir rincée en la tenant verticalement, de sorte que l'eau ruisselle sur le manche.
On peut alors mettre son obole dans le tronc sans jeter la pièce. Puis on sonne la cloche en tirant la corde assez fort et on se redresse avant de s’incliner 2 fois puis de frapper dans ses mains 2 fois en les joignant et enfin de s’incliner une dernière fois légèrement. Quand on sort du temple, on doit s’incliner légèrement en direction du  torii  face au sanctuaire.

Non loin du sanctuaire, d'un côté on peut voir un pont en arche et de l'autre, une pagode gojū-no-tō à 5 toits (symbolisant 5 éléments, de bas en haut : terre - eau - feu - vent - ciel). . Ici, comme dans de nombreux sites religieux japonais, le syncrétisme est largement répandu, une partie de sanctuaire accueillant un temple bouddhiste, comme ici tandis qu'ailleurs la situation est parfois inverse comme on le verra.
 

PAGODES BOUDDHIQUES ET LEUR SYMBOLIQUE

Le stūpa, à l'origine simple tertre contenant les cendres ou une relique de Bouddha. Sa structure devient plus élaborée avec le temps tandis que son faîteau s'agrandit en proportion. Arrivé en Chine, le stūpa rencontre la tour de guet chinoise et se transforme en pagode, tour généralement à nombre impair d'étages. La pagode s'est propagée à la Corée et de là, vers le Japon où elle est arrivée  conjointement au Bouddhisme au VIe siècle. La pagode ou ,  une tour à toits superposés,  est donc la version japonaise de la pagode chinoise, elle-même interprétation du stūpa indien. Au Japon, elle a évolué dans sa forme, sa taille et sa fonction pour perdre son rôle initial de reliquaire. Les pagodes en bois existantes à plus de deux niveaux ont presque toujours un nombre impair de niveaux, soit trois niveaux (sanjū-no-tō "pagode à trois niveaux") comme au Kiyomizu-dera à Kyoto ou cinq (gojū-no-tō  "pagode à cinq niveaux") comme au Senso-ji à Tokyo, ou le Kofuku-ji à Nara.
Il existe aussi des pagodes en pierre (sekitō),  beaucoup plus petites que celles en bois et finement sculptées. Elles portent souvent des inscriptions en sanskrit, des figurines bouddhistes et des dates de calendrier lunaire japonais nengō. Comme celles faites en bois, elles sont essentiellement classées sur la base du nombre de niveaux, de 3 à 13. Dans le gorintō ("tour à cinq anneaux") de la secte Shingon, on retrouve la symboliques des 5  éléments (de bas en haut : le carré = la terre; la boule = l’eau; le triangle = le feu; la demi-lune = le vent; la larme = le ciel).
Jusqu'à l'interdiction du mélange des kami et des Bouddhas en 1868, un sanctuaire shinto était également un temple bouddhiste et réciproquement.

Il ne faut pas confondre les tours à toits de chaume empilés des temples hindouistes que l'on peut voir à Bali avec des pagodes. Ces tours (“meru”) comportent toujours un nombre impair d’étages et représentent le Mont Meru de la mythologie hindoue.


En regagnant "le continent" comme disent les Japonais, on aperçoit sur une colline un temple moderne tout blanc, lieu de culte d'une nouvelle secte bouddhiste.

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 HIROSHIMA

Ayant regagné le continent, une vingtaine de kilomètres nous séparent d'Hiroshima où nous faisons étape, une ville qui compte 1,2 million d'habitants. Elle en comptait 350 000 en 1945 dont 250 000 périrent immédiatement lors du bombardement ou des suites.
Nous logeons dans le très confortable Grand Prince Hotel 4*. C'est un bâtiment imposant de 23 étages comptant plus de 530 chambres et 5 restaurants, bâti sur la petite île d'Ujina où se trouve l'Hôpital de la Marine.

Nous dînons à l'hôtel, au Salon Boston situé au 22e étage, après avoir fait une courte pause en salle d'attente (!). Ce sera notre seul repas à l'européenne, donc sans baguettes: jambon séché, magret, roulé de mousse de volaille, glace vanille et coulis de fruits rouges. Pour donner une touche japonaise, certains décident de goûter au saké chaud (1250 ¥, la bouteille). Pas extraordinaire mais c'est un vin de riz (14-16°) et non un alcool fort (un alcool obtenu après distillation du saké, sous les noms de shochu ou awamori, qui titrent de 25 à 45°).   De nos chambres, superbe vue sur la baie et sur la partie boisée au sud de l'île (Motoujina Park).
 

Mercredi  23 septembre

Après un petit-déjeuner au Salon Porto, c'est encore un départ matinal qui nous attend, 8H, car outre la visite du site historique, de nombreux kilomètres nous attendent (350 environ). Nao s'inquiète des possibles embouteillages dans l'après-midi car aujourd'hui se terminent les 5 jours de congés de la "Silver week".
Petit parcours avec le bus pour se rendre au centre de la ville que nous voyons curieusement sillonnée par diverses sortes de tramways. Il s'agit de tester divers types de matériels avant prise de décision.

Pendant une heure et demie, nous allons parcourir le site mémoriel à partir du Pont en T qui servit de repère pour le bombardement apocalyptique au petit matin du 6 août 1945 par le bombardier B-29 Enola Gay. La bombe A,  à uranium enrichi,  d'une puissance équivalant à  environ 15 000 tonnes de TNT ( provenant de la fission d'environ 700g d'uranium sur les 64kg qu'elle contenait), larguée à 9 600 mètres  explose à 576 mètres au-dessus de la ville et en rase instantanément plus des deux tiers  par l'effet de souffle conjugué à la chaleur  (plusieurs millions de degrés à l'hypocentre et 300 000° au sol) qui incendie les nombreuses maisons en bois. Selon le musée, 75 000 personnes décèdent sur le coup et 175 000 autres par la suite, notamment suite aux radiations émises par la bombe. Le relief plat favorisa les ravages dus à la bombe alors que, 3 jours plus tard, lorsque Nagasaki fut bombardée avec une bombe au plutonium nommée "Fat Man", plus puissante (21 à 23 kilotonnes provenant de la fission d'environ 1kg de plutonium sur les 6,2kg qu'elle contenait), les dommages ne furent pas plus conséquents en raison du relief. Le Japon cessa les hostilités  8 jours après le bombardement d'Hiroshima, le 15 août 1945 (discours de l'empereur annonçant la reddition) et la capitulation fut signée le 2 septembre à bord du cuirassé de la marine américaine USS Missouri .
Nous nous arrêtons devant le Dôme de Genbaku. C'était alors le centre de promotion de l'industrie d'Hiroshima. L'édifice très sérieusement endommagé n'a pas été détruit du fait qu'il était très proche de l'hypocentre et fut donc épargné par le souffle qui se dispersa à partir de l'hypocentre. Renommé Mémorial de la paix d'Hiroshima, il fait partie des monuments du Patrimoine Mondial de l'UNESCO  depuis 1996.   
 

 

Nous poursuivons par le Monument des Enfants pour la Paix (genbaku no ko no zō) surmonté de la statue de la fillette morte de leucémie, Sakado Sasaki, tenant dans ses mains une grue (symbole de longévité). Au pied du monument, des abris recueillent des milliers de grues de papier en pliage origami (un art du pliage de papier apparu en Chine au 1er siècle avant J.C.) envoyées par les enfants du monde entier, particulièrement en cette année où l'on a commémoré le 70e anniversaire du bombardement.

 

Plus loin, c'est la Flamme de la Paix, un monument conçu par Kenzō Tange et représentant deux mains jointes au niveau des poignets, tandis que la flamme brûle sans discontinuer depuis 1964.
Plus loin, c'est le Cénotaphe du parc de la Paix (heiwa kōen ireih) également conçu par Kenzō Tange. Nous terminons par la visite du Musée du Mémorial de la Paix de Hiroshima où l'on peut notamment voir des objets calcinés ou déformés, des photos de la ville et de personnes prises après le bombardement.
Une maquette de la bombe portant le nom innocent de "Little Boy" est également présentée.

Il est 9H45, quand nous quittons la ville sans apercevoir son château Rijo ("le Château Carpe" à cause de sa couleur noire) construit au XVIe siècle par le seigneur de la région, Mori Terumoto et qui fut entièrement rasé par l'explosion et  reconstruit à l'identique (en béton) en 1958... Nous refaisons en grande partie le chemin inverse de la veille.
 

C'est à Kurashiki, un peu avant Okayama, que nous arrêtons pour un déjeuner-buffet au Itarian Viking Pulizia, sushis crevette, ika  (seiche) et thon (rouge), rouleaux de peau de tofu frit, omelette et BBQ à volonté (porc, boeuf, volaille et même abats!). Ce type de barbecue est appelé yakiniku (littéralement "viande grillée"). Bref, de quoi être tout à fait repus.

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 KYOTO : Pontocho, Gion, temple zen Ryôan-ji, temple d'or Kinkaku-ji, château de Nijô, temple Kiyomizu Dera

Nous arrivons à Kyoto, sans embouteillages, un peu avant 16 heures. Avec près de 1,5 million d'habitants, Kyoto se situe au 9e rang des villes japonaises. Kyoto eut la chance d'échapper à l'apocalypse nucléaire grâce au ministre de la Guerre américain  Henry Stimson qui craignait que la destruction de la capitale culturelle nippone soit un crime impardonnable... Nagasaki suppléa en quelque sorte.

S’il existe une ville que tout étranger se doit de visiter en priorité, c’est bien celle de Kyoto. Déambuler dans ses rues étroites et ses allées, c’est remonter le cours des onze siècles durant lesquels elle fut la capitale du pays (de 794 à 1868). Ce fut aussi la capitale shogunale du clan Ashikaga de 1378 à 1600.
Construite sur le modèle des anciennes capitales de Chine, telle Chang'an (l'actuelle Xi'an) et entourée par des collines magnifiques, Kyoto est riche en souvenirs historiques et en légendes et renferme les plus beaux vestiges japonais anciens ! Bien que des industries modernes se soient développées, la ville reste le premier centre pour les industries traditionnelles fabriquant les soies, brocarts, laque, poteries, porcelaines, éventails, poupées et bronzes. L’habileté des artisans s’est transmise à travers les générations et peut encore être appréciée aujourd’hui.

En partant à pied du centre de la ville, on peut voir la mairie construite en 1927, l'un des rares vestiges architecturaux du Japon d'avant-guerre. Plus loin, nous apercevons (Nao ne la signale même pas), l'église catholique de Kawaramachi. Puis nous gagnons les quartiers anciens à l'est. L'étroitesse de façade des maisons anciennes tient en bonne part au gouvernement du shogunat Tokugawa qui appliquait une taxe sur les façades. Les gens construisaient donc en profondeur, avec jardin sur l'arrière de la maison.

Après être passé devant un petit autel bouddhiste et une école de geikos (appellation locale des geishas), nous parcourons
l'allée de Pontocho bordée de restaurants et maisons de thé et de belles maisons traditionnelles aux toits de tuiles gris sombre mais défigurées par le réseau électrique. La nuit venue, c'est paraît-il le rendez-vous des homosexuels. Plus loin, on franchit un pont sur la rivière Takano sur les berges de laquelle des centaines de personnes sont installées pour profiter agréablement de cette soirée de fin de "silver week"...

Nous voici maintenant dans le quartier de Gion pour une balade par les rues traditionnelles de Ishibe-koji, Ninenzaka, Sannenzka... Le quartier historique de Gion a la particularité d’être un mélange de traditionnel et de modernisme fusionnant en totale harmonie. Lieu idéal pour découvrir les arts traditionnels, les restaurants de styles anciens, à la décoration d’un goût exquis renforcent l’atmosphère raffinée du quartier. Gion est aussi connue pour être l’ancien fief des geikos. La foule est assez dense sur les trottoirs où l'on peu voir de nombreuses femmes en kimono (et de plus rares hommes) ou  en yukata (kimono d'été). Nao nous précise qu'on peut se dire que la moitié de ces personnes en costume traditionnel sont des touristes (généralement chinoises) qui louent ces vêtements pour la journée... En entendant des bribes de conversation, on en a effectivement la confirmation.
Pour avoir une approche du milieu  des geikos, vous pouvez revoir "Inju: la Bête dans l'ombre"  un film franco-japonais réalisé par Barbet Schroeder, sorti en 2008, adapté du roman "Injû" d'Edogawa Ranpo ou lire le passionnant récit autobiographique d'une geiko qui a vécu dans ce quartier il y a quelques décennies, "Ma vie de geisha" de Mineko IWASAKI avec Rande Brown aux Editions Michel Lafon Publishing - Paris 2003 (illustré de photos N&B).

Arrêt au Chügen-ji, un charmant petit temple de quartier où l'on peut voir des croix gammées.

Le (plutôt que "la") svastika dextrogyre (tournant ou pointant vers la droite), vieux symbole panthéiste et porte-bonheur religieux d'origine aryenne et indo-européenne (symbole représentant le char solaire) est omniprésent dans l'hindouisme où il est associé au dieu-éléphant Ganesh. Il est repris dans la symbolique jaïne et bouddhique (signe parfois présent sur le thorax du Bouddha) pour signifier également la prospérité, la chance (en Chine pour symboliser l'éternité). On le rencontre même dans le monde islamisé comme on a pu le voir à Khiva ou à Boukhara lors d'un voyage en Ouzbékistan. Il s'est répandu de l'Extrême-Orient à l'Europe mais sa réputation est entachée depuis le siècle dernier lorsqu'il fut adopté par les nazis sous le nom de croix gammée.

Puis nous arrivons sur la rue Shijo-dori, que l'on pourrait qualifier de rue principale de Kyoto. Elle s'étend sur environ 7 kilomètres, du sanctuaire shinto Yasaka-jinja (aussi appelé le sanctuaire de Gion) jusqu'au sanctuaire Matsunoo-taisha, à l'ouest de Kyoto. Nous voici bientôt devant une okiya, une maison de geikos où six artistes exercent dont 5 portant le même nom, celui de "la mère" qui les a formées. Une centaine de geikos exercent encore cette activité dans les ochaya (maisons de thé) de la ville de Kyoto.

 




L'extrémité est de Shijo-dori débouche face au portail vermillon du sanctuaire Yasaka (créé en 656). Nous passons ce  portail et empruntons les allées au nord du parc du sanctuaire, en passant devant de petits autels et devant un restaurant de sumos devant lequel on peut voir une sculpture porte-bonheur (chance et prospérité) d'une famille de tanukis ou chiens viverins (Nyctereutes procyonoides) ressemblant plutôt à des blaireaux. Pour notre part, nous échapperons au fameux chankonabe , le repas roboratif des sumos....

Au Japon, les sumos sont appelés rikishi ("personne instruite dans la force").
Les combats de sumo existaient déjà au début du VIIIe siècle et leur origine serait encore antérieure de 2 ou 3 siècles, sous forme de rituels religieux shinto, tout comme les danses et le théâtre qui étaient également dédiés aux dieux (kami) en tant que prières pour obtenir de bonnes récoltes. Leurs repas du midi et du soir consistent en une fondue japonaise très calorique appelée chankonabe, dans le cadre d'un régime hypercalorique. Il n'y a pas de catégorie de poids pour les rikishi. L'un des combattants peut avoir le double du poids de l'autre (les poids pouvant aller de 70 à 280kg pour une moyenne fréquente de 150kg).
Le but de chaque lutteur est d'éjecter l'adversaire hors du cercle de combat ou de lui faire toucher le sol par une autre partie du corps que la plante des pieds à l'aide des diverses prises (82 sont autorisées). L'arène est appelée dohyō. C'est une plateforme carrée faite d'argile tassée contenant un cercle de 4,55 mètres de diamètre, fait à l'aide de ballots de paille ancrés dans la plateforme, délimitant l'aire de combat. Avant l'affrontement, les lutteurs chassent les esprits en frappant le sol avec les pieds, après les avoir levés très haut. En signe de purification, ils prennent une poignée de sel et la lancent sur le cercle de combat. Enfin boivent une gorgée d'eau qu'ils recrachent.
Lorsqu'un ōzeki, sumo de première division et de second rang excelle au tout premier rang, la fédération peut le désigner yokozuna, champion suprême, s'il a remporté au moins deux tournois à la suite et été  jugé moralement digne d'un tel rang. Les yokozuna sont considérés comme les rikishi les plus proches des dieux, voire parfois comme des demi-dieux et ils préservent  leur titre à vie. Mais les
ōzeki sont parfois de pauvres demi-dieux soumis à des brimades et maltraitances (y compris sexuelles), à l'usage de drogues, à des truquages et paris illégaux...
Depuis 2006, tous les grands tournois avaient été remportés par des Mongols affublés de non japonais jusqu'à la récente victoire du Japonais, Ozeki Kotoshogiku, qui a remporté le Grand Tournoi de sumo du nouvel an le 24 janvier 2016.


Puis nous voici arrivés devant l'imposant sanmon, le portail principal du Temple Chion-in. C'est le plus imposant des portails de temples au Japon. Ce temple (non visité) remonte à l'école bouddhiste de Jodo fondée au XIIe siècle.
 


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Nous retrouvons ici notre bus qui nous reconduit au centre de la ville puisque notre hôtel Dai-ni Tower se trouve à deux pas de la gare ultramoderne et immense, d'ailleurs critiquée à sa construction en raison de son modernisme et de son gigantisme. Conçue par l'architecte Hiroshi Hara, cette gare inaugurée en 1997 a été a été reconstruite à l'occasion du 1200e anniversaire de la notification de la ville comme capitale du Yamato (ancien nom du Japon) en 794.

Outre les équipements spécifiques pour les chemins de fer (différentes compagnies) et le métro, dans cet immense immeuble de la gare, on trouve de nombreux magasins, hôtels, jardins et restaurants. C'est d'ailleurs au Monte Romano,  un restaurant italien de son sous-sol que nous dînons. Pas bien original: salade, pâtes, poulet rôti et gâteau genre fraisier...

Après le repas, nous avons tout loisir pour nous perdre dans l'immense édifice de la gare et ses onze étages. Nous redescendons par l'imposant escalier aux quelque 170 marches dont les contremarches lumineuses affichent à l'aide de LED des messages ("Welcome to Kyoto") ou des graphismes (une théière et une tasse).

L'annexe de l'hôtel Dai-ni Tower où nous logeons ne vaut guère que 2* selon nos critères, confort et surface de chambre du genre Première Classe chez nous. On ne peut ouvrir les valises que si on les pose sur le lit par maque d'espace. A signaler que le wi-fi n'est disponible que dans le salon près de la réception. Bon, il est quand même bien situé et ce n'est quand même pas un kapuseru hoteru, "un hôtel capsule", système hôtelier typique au Japon, utilisé aussi bien par des employés de bureau que par des SDF, où chaque capsule est équipée d'un téléviseur miniature branché à des écouteurs, d'une petite lampe et d'un réveille-matin intégrés aux murs...
 

Jeudi 24 septembre

Déception ce matin: il fait gris et il pleut. Comme plusieurs visites sont prévues, le départ en bus a lieu à 8H30.

En 1994, 17 ensembles monumentaux comprenant 198 bâtiments et 12 jardins ont été classés au Patrimoine Mondial de l'UNESCO  en 1994. Nous en visiterons seulement quatre.

Au nord-ouest de la ville, nous commençons par le jardin du temple Ryôan-ji ("Temple du repos du dragon"). Le temple relève à l'école Myōshin-ji de la branche rinzai du bouddhisme zen. Le site du temple appartenait à l’origine au clan Fujiwara.
Il est dit que c'est un chef d’œuvre incontournable, jardin de sable (pour moi il s'agit plutôt de gravier grossier) et de rochers, d’une beauté remarquable et qu'il est l’un des plus purs achèvements de l’esthétique Zen, un exemple de pureté conçu pour la méditation. Ses quinze rochers répartis d'est en ouest en groupes de cinq, de deux, de trois, de deux puis de trois, sur un espace de 200m² ont donné lieu à de multiples interprétations. Certains chercheurs y voient une tigresse et ses petits, d’autres des dragons. Les rochers sont disposées de telle sorte qu’on ne peut en voir plus de quatorze à la fois. Toutes sont entourées de gravier ratissé quotidiennement par les prêtres du temple. Bien que protégés de la pluie par un pavillon, on a du mal a apprécier la poésie et l'ambiance zen de l'endroit. Pour comparer, il eut été utile de visiter le Daitoku-ji comportant plusieurs espaces de jardins zen. Dommage...

 

Revenons au Ryôan-ji et poursuivons en passant devant la fontaine et le petit bassin tsukubai. Sa forme carrée fait référence au kanji (kuchi  qui signifie  "bouche"). De chaque côté du carré est gravé un signe qui, associé au carré du bassin  donne un nouveau kanji pour signifier "Je connais seulement la satisfaction". Notre procession de parapluies se poursuit  au milieu de  jardins de mousse jusqu'au lac du centre duquel émerge une petite île... Près de la sortie, nous passons devant le pavillon de la cloche de bronze.
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10H, court trajet en bus, pour arriver au temple Kinkaku-ji ("Temple du Pavillon d'Or"), blotti dans un beau cadre romantique, même sous la pluie.

 

Le Pavillon d’or suffit à sa seule évocation à enflammer les imaginations. Construit en 1393 pour servir de lieu de méditation à Ashikaga Yoshimitsu, puis converti en temple à la mort du Shogun Ashikaga en 1573, il doit son nom aux feuilles d’or fin plaquées sur ses murs se reflétant dans l’eau de l'étang au bord duquel il est bâti. En fait il s'agit d'une parfaite réplique du pavillon détruit en 1950 lors d'un incendie volontaire provoqué par un moine dément. Jusqu'alors c'était le seul édifice du temple à avoir échappé aux incendies qui ont affecté le site depuis son origine au début du XVe siècle. Le pavillon actuel date de 1955 mais il a déjà été rénové et une couche de feuilles d'or laquées a été ajoutée en 1987. Le sommet du toit est surmonté par la sculpture d'un fenghuang doré ou phœnix chinois.
En revanche, le superbe jardin a conservé son aspect d'origine. Très jolie maison de thé traditionnelle à la sortie du jardin.
Avec leur bob couleur casquette d'un jaune pétant et en uniforme, des enfants du primaire en voyage scolaire font également la visite, sagement malgré la pluie.

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A nouveau un court trajet en bus, en direction du centre, non pas pour visiter un site religieux mais un château. Nous longeons une partie du mur d'enceinte de l'ancien palais impérial .
 

Nous nous arrêtons pour visiter le Château de Nijô entouré de douves et d'une enceinte. Cet impressionnant édifice date de 1603. Ce fut une demeure occasionnelle des shoguns Tokugawa qui s'étaient emparés du pouvoir en 1600 et avaient installé le siège de leur shogunat à Edo (l'actuelle Tokyo). Plusieurs shoguns y ont résidés jusqu'à l’abdication du dernier d’entre eux en 1867. Il devint alors le siège impérial l'année suivante. Par la suite, on y installa la préfecture de Kyoto.

 

Rien à voir avec des châteaux à donjon comme celui d'Osaka, si ce n'est l'omniprésence du bois. Ici on a une suite de pavillons bas communiquant entre eux, 33 salles recouvertes de 800 tatamis. On franchit d'abord la Karamon ou Porte chinoise. En face, de l'autre côté d'une vaste cour, on arrive à l'entrée du palais surmontée de sculptures de fleurs et d'animaux peints. La partie la plus proche de l'entrée était réservée à la réception des seigneurs (daimyos) et samouraïs de rang inférieur et à l'envoyé de l'empereur. Les murs sont ornés de peintures représentant des léopards. On peut marcher sur le célèbre "parquet des rossignols" qui chante (il ne grince pas mais émet un son très particulier) dès que l’on se déplace, afin de signaler tout intrusion dans le château et ainsi prévenir des assassinats par des samouraïs ennemis ou des ninjas. D'ailleurs, au fond des salles, des portes permettaient à des gardes de surgir en cas de nécessité. La partie centrale correspond à ce que l'on pourrait appeler la salle du trône. Enfin la dernière partie correspond aux appartements du shogun.
Là aussi, un joli jardin avec étangs, ponts et rochers entoure les constructions.

Il est 13H lorsque nous nous rendons au restaurant  Satsuma go kamon pour déjeuner.  Assise confortable pseudo japonaise avec plancher abaissé (horigotatsu), de sorte que l'on est assis comme au bord d'une estrade. Notre plateau comporte des tempura de poulet (2 pièces), une soupe miso (du nom de la base de ce potage faite d'ingrédients fermentés: soja, riz...), une escalope de poulet sur légumes sautés, un bol de riz et une boule de glace à la vanille.

A 14H30, toujours sous la pluie nous reprenons le bus cette fois-ci vers l'est de la ville.

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Nous allons visiter le temple Kiyomizu Dera  (qui signifie "eau pure"),  dédié à la déesse Kannon aux onze têtes dont la statue n’est exposée qu’une fois tous les trente-trois ans.

Ce temple est surtout connu pour sa terrasse perchée à 15 mètres de haut, à flanc de colline, et soutenue par 139 piliers en orme du Japon, tout cela sans le moindre clou. Le temple fut fondé en 798 par le prêtre Sakanoue Tamuramaro, mais les bâtiments actuels furent bâtis en 1633. Le temple tient son nom de la chute d'eau qui se trouve à l'intérieur de son enceinte, eau provenant des collines environnantes, kiyoi mizu  signifiant "eau pure" ou "eau de source". De là-haut, la vue sur Kyoto serait intéressante par beau temps. En contrebas  se trouve donc la chute d'eau Otowa-no-taki, d'où trois canaux se déversent dans un bassin. Les fidèles boivent de cette eau parée de vertus thérapeutiques.  Les visiteurs du temple doivent remplir des coupelles en métal emmanchées au bout de longs manches et boire cette eau , eau qui aurait des propriétés thérapeutiques. Il est dit que boire de l'eau des trois canaux confère santé, longévité et succès dans les études. Selon une autre source (terme bien approprié), l'eau de l'un des canaux apporte la réussite scolaire, celle de l'autre la longévité et celle du dernier, le succès en amour...
Au sein du complexe religieux, on peut aussi voir une pagode de couleur vermillon à trois étages et même des temples shintos précédés de torii. On peut aussi essayer de voir ce que l'avenir nous réserve avec les bâtonnets divinatoires. Si la prédiction ne vous convient pas (encore faut-il lire le japonais), nouer la petite fiche sur un film en formulant un voeu en sens contraire...
Nous revenons sur nos pas et toujours sous la pluie, franchissons le portail et avons trois quarts d'heure pour déambuler dans la rue Kiyomizu-zaka et les ruelles adjacentes. L'occasion de croiser quelques moines, de nombreuses visiteuses en kimono ou yukata et une bonzesse quêteuse en robe noire (à Nara ou à Tokyo, on verra des moines en robe jaune safran ou orange).
 



A PROPOS DE LA COULEUR  DES ROBES (kāsāya en hindi kesa en japonais) DES MOINES BOUDDHISTES

La tradition veut que les premiers kesas aient été fabriqués à partir de haillons. Il s’agit à l’origine d’une bande de tissu, constituée de plusieurs pièces assemblées. Elle se drape autour du corps, passant sous le bras droit, un pan reposant sur l'épaule gauche. A l'origine, en Inde, 5 écoles utilisaient des robes de couleurs très différentes: noir, rouge, jaune, bleu, magnolia.  Aujourd'hui, dans les régions pratiquant le Bouddhisme, la robe des moines est de couleur safran ou de nuances voisines.
En Chine, en Corée et au Japon, les moines et nonnes ont fini par adopter une robe ample à manches de type kimono, portée en général sur un pantalon accompagné de chaussettes ou de jambières. Le kāsāya d’origine a pris la forme d’un manteau dégageant le bras droit, porté en certaines occasions par-dessus l’habit. Au Japon, la couleur, déterminée par le recours à des pigments bon marché, est devenue principalement noire ou grise, parfois brune ou bleu sombre.  Les couleurs jaune, orange ou rouge sont beaucoup plus rares et souvent réservés aux cérémonies. Les moines de base étaient ainsi connus comme kuro-e "habit noir". La couleur a été quelquefois une marque distinguant l’ancienneté, le niveau hiérarchique ou l'école. L’habit pourpre était en Chine ou au Japon une distinction offerte par l'empereur.

Aspect folklorique aussi avec les tireurs de jinrikisha, autrement dit de pousse-pousse (des termes qui ne sembleraient pas s'accorder, tirer et pousser, ce n'est pas tout à fait la même chose). Ils sont chaussés étrangement de jika-tabi, dérivée de la chaussette tabi, une chaussure résistante apparue vers 1910, portée plus haut sur le mollet, avec pouce séparé. Elle est prisée des ouvriers du bâtiment, des jardiniers et des tireurs de pousse-pousse pour sa grande souplesse grâce à sa semelle en caoutchouc antiglisse. Elle est extrêmement confortable, même par temps froid (jusqu'à environ 6 ou 7°). Elle donne la sensation de marcher pieds-nus, tout en étant très bien isolé du sol.

 


Nous quittons le site vers 16H30 pour revenir dans le quartier de la gare et de l'hôtel. 


Ceux qui le désirent peuvent monter à la plate-forme de la Tour (niveau 100 mètres). Pour les pensionnaires de l'hôtel il en coûte 300 ¥ (au leu de 770). Une occasion d'avoir un coup d'oeil sur la ville malgré le temps bien maussade et l'heure déjà tardive. De là-haut, vue plongeante sur les temples Nishi Hongan-ji (temple de l'Ouest) et surtout Higashi Hongan-ji (temple de l'Est). Ces ceux temples créés en 1602 résultent de la volonté de Tokugawa Ieyasu devenu shogun de diviser en deux entités le Hongan-ji affilié à la secte Shin  afin de diminuer son pouvoir.

 

 

Dîner libre. Pour notre part, un repas de tempuras de légumes et de crevettes, crudités, soupe miso, riz... au restaurant Hageten situé dans le sous-sol de la gare. Pour faire la digestion, nouvelle petite balade dans les étages de la gare où l'on croise des collègues, en usant des escalators géants, montée jusqu'à la terrasse de l'hôtel Granvia et retour par l'escalier lumineux.

De Kyoto, nous n'aurons pas eu le loisir de visiter d'autres  temples et sanctuaires:  Sanjusangen-dô (avec la merveilleuse statue en bois doré du bodhisattva Senju Kannon aux 11 visages et 1000 bras -21 paires en réalité- en position assise et entourées de 1000 autre statues debout recouvertes de feuilles d'or et datant des XIIe-XIIIe siècles),  Ginkaku-ji, Heian-jingu,  Ninna-ji, Chishaku-in, Kodai-ji, Byôdô-in, Eikan-dô, Daitoku-ji, Fushimi Inari-taisha (le plus gros sanctuaire shinto du Japon dédié Inari, la déesse du riz, avec sa célèbre allées aux "10 000 torii", 5 000en réalité) ou le superbe parc Maruyama...

Pour avoir une idée de ces lacunes,

rendez-vous sur le site "Armel au Japon" (il est conseillé de naviguer sur ce site http://nihonfrance.free.fr/japon/ avec Microsoft Internet Explorer)
et sur le
blog de tous ses autres voyages en Asie .

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 NARA: temple Todai-ji, sanctuaire Kasuga Taisha, temple Kofuku-ji

Vendredi 25 septembre

Départ à 9H sous un ciel bien gris. Court trajet en direction du sud, entre Kyoto et Nara, villes distantes d'une quarantaine de kilomètres. Peu après Kyoto, au sud, du côté de Uji, on peut voir quelques plantations de théiers, produisant paraît-il le meilleur thé du Japon. La qualité supérieure est récoltée à la main (petites feuilles terminales) tandis que le thé standard subit une récolte mécanisée. Egalement par endroit, paysage de bambouseraies et de rizières...

Nara est une ville de plus de 350 000 habitants, située à l'est d'Osaka. Cette cité ancienne est entourée de collines boisées, de temples ceints de parcs et de quelques-uns des plus anciens bâtiments de bois du pays.
Dans la plaine de Yamato, cette ville qui se nommait jadis Heijo-kyo ("citadelle de la paix") a été capitale impériale au VIIIe siècle, à deux reprises et sur de courtes périodes, de 710 à 740 et de 745 à 784. Son problème était son accès à l'eau selon Nao. Kyoto avait une meilleure situation, sur une rivière qui permettait de communiquer avec la Mer intérieure au niveau d'Osaka.

Outre une dizaine d'autres sites, la ville compte 8 sites inscrits au Patrimoine Mondial de l'UNESCO   depuis 1998. Nous visiterons trois de ces derniers, deux temples et un sanctuaire. La plupart des sites se situent dans un parc de plus de 600 hectares, les daims en liberté gambadent et vivent en harmonie avec les visiteurs.

Nous commençons par le temple Todai-ji ("Grand temple de l'est"). Toutes les branches du bouddhisme japonais y sont étudiées et le site comprend de nombreux temples et sanctuaires annexes. Dans l’enceinte se trouve la plus grande construction en bois au monde, le Daibutsu-den ("Salle du Grand Bouddha"), qui abrite une statue colossale en bronze du bouddha Vairocana appelée Daibutsu (Grand Bouddha). Le bâtiment, d’une largeur de huit  57 mètres  est un tiers plus petit que le temple originel. Le temple, construit au VIIIe siècle, a été détruit et reconstruit presque intégralement deux fois au cours de son histoire, au XIIe et au XVIIe siècle. Le site avait aussi comporté des pagodes de plus de 100 mètres de haut (les plus hautes du Japon), aujourd'hui disparues. Les arts influencés par les Chinois des dynasties Tang et Song du sud, se sont épanouis ici.


Avant même de franchir les portails nous sommes entourés d'un troupeau de cerfs sika, ces sympathiques ruminants dont nous avons déjà fait la connaissance sur le site de Miyajima. Nous passons l'imposante Nandai-mon (XIIe-XIIIe s.), la Grande porte du sud avec ses quatre gardiens et haute de près de 20 mètres. Sur notre droite on peut voir un torii shinto sur la petite île de l’étang du Miroir. Puis nous  passons la Chu-mon, porte intérieure plus récente (XVIIe s.) avant d'arriver face au kondo ou  salle de prière du Grand Bouddha, édifice surmonté d'étranges cornes d'or.  Face à l'édifice est érigée une lanterne octogonale en bronze sculpté ornée sur quatre de ses faces de reliefs représentant des bodhisattvas jouant de la musique.

 

A l'intérieur gu kondo, nous nous sentons tout petits devant la statue colossale du Bouddha en bronze, de 15 mètres de haut, ce à quoi s'ajoute la hauteur du socle. Il pèse 500 tonnes et sa réalisation en 752 était une prouesse métallurgique (utilisation de mercure, de cire...). Il a fait face aux incendies et tremblements de terre même s'il a fallu parfois lui remettre la tête sur les épaules. On a une idée de la démesure par ses mains dont une réplique est présentée à hauteur d'homme derrière la statue. On dit que 4 ou 5 personnes pourraient y tenir. Il est entouré de deux bodhisattva de bronze doré, également de belle taille mais plus jeunes d'un millénaire (XVIIIe s.).  Au fond de la salle, outre la main déjà évoquée, on peut voir les maquettes des deux constructions ayant précédé l'édifice actuel ainsi que deux gardiens célestes (Koumokuten et Tamonten). Petit amusement avec le gros pilier creusé à sa base d'un trou carré de la taille d'une narine du bouddha et dans lequel certains visiteurs s'amusent à s'introduire pour le traverser. Réussir cet exploit serait selon les uns gage de langue vie, selon d'autres d'atteinte du Nirvana et selon d'autres encore de chance et bonheur...
En ressortant, coup d'oeil sur une étrange statue placée à l'extérieur, sur le côté droit de la façade.  La statue ancienne en bois, au visage inquiétant, est recouverte d'une veste rouge et coiffée d'un bonnet rouge également. Il s'agit de Pindola Bharadraja ou Binzuru, l'un des seize arhats légendaires du bouddhisme, saints hommes prédécesseurs ou disciples du Bouddha. Ils sont particulièrement populaires dans le bouddhisme Zen où ils sont considérés comme des modèle de bonne conduite.

Nous quittons le site après avoir affronté une nouvelle fois les cerfs. Mais comment leur en vouloir puisqu'ils ont pris l'habitude d'être nourri avec des biscuits spéciaux que leur distribuent les visiteurs. Des panneaux incitent cependant à la vigilance d'ailleurs si certains vieux mâles ont eu les bois coupés, c'est qu'il y a une bonne raison...

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Quelques minutes de bus et nous voici au grand
Sanctuaire Kasuga Taisha.

Ce sanctuaire est décoré de plus de 3000 lanternes de pierre et de bronze. Ce chiffre 3000 représente le nombre de sanctuaires nommés Kasuga à travers le Japon. Elles sont allumées deux fois par an, à l’occasion de festivals des lanternes, le Setsubun Mantoro (du 2 au 4 février) et l’Obon Mantoro (du 14 au 15 août).
Plus de mille lanternes en pierre longent la voie menant au  mausolée de la famille Fujiwara, établi en 768 et reconstruit plusieurs fois au cours des siècles, peint en vermillon il tranche sur la verdure environnante notamment des vestiges de forêt primaire de Kasugayama. Il possède un trésor constitué principalement d’armes et de masques anciens. Il a été reconstruit tous les 20 ans jusqu'à la fin de la période d'Edo (1863) et désormais il subit une rénovation de font en comble tous les 20 ans dans le cadre du rituel Shikinen zôtai. Pas de chance pour nous, nous sommes en 2015, année de la 60e édition de ce rituel avec notamment la réfection de son toit fait d'une superposition de  minces lamelles de bois... Nous poursuivons en passant près des les lanternes suspendues en bronze doré ou non du Setsubun Mantoro.


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Encore un court trajet et nous arrivons au temple Kofuku-ji, le temple familial des Fujiwara et emblème de Nara aujourd'hui.

En 669, le clan Fujiwara fit démonter ce temple de Fujiwara-kyo à Hijo-kyo (Nara). Fujiwara no Kamatari (614–669), fondateur du clan se considérait comme un dieu... Ce clan fonda plusieurs alliances matrimoniales avec la famille impériale et fournit plusieurs régents à la cour.
Du temple plusieurs fois détruit, reconstruit et agrandi, ne subsistent que quelques uns des 175 bâtiments qu'il a comportés à son apogée. La pagode à 5 toits Gojū-no-tō jouxtant le pavillon Tō-kondō s'impose au regard en arrivant. La pagode actuelle construite en 1411 ou 1426 (succédant aux constructions antérieures depuis 730)  et haute de 55 mètres, est l'une des plus hautes du pays.

 

Nous poursuivons vers le Nan'endō, le pavillon octogonal sud reconstruit en 1741 (ou 1789). Nous apercevrons le Hokuendō, le pavillon octogonal nord en travaux. Plusieurs pavillons sont en cours de reconstruction comme le Chū-kondō, le pavillon central. Les emplacements des piliers d'origine sont toujours visibles grâce à leur socle de pierre et par ailleurs les plans des construction avaient été conservés. Le Chu-mon, portail intermédiaire et les galeries couvertes conduisant au  Chū-kondō vont être également réalisés dans la perspective des JO de 2020...

En milieu de visite, petit saut pédestre dans la ville toute proche, située à l'ouest du site. Nous déjeunons au restaurant Hanakomichi (rue Konishicho), en formule self...

Photo de groupe avant de quitter le site vers 13H30. Il nous reste 170 kilomètres en direction de l'est, pour rejoindre Handa.
Là encore, une visite trop rapide et des sites laissés de côté.

 

 Etape à HANDA


Nao étant peu disert, nous aurons de longs temps de méditation jusqu'à Handa où nous arriverons à 16H30. Nous passons près de la ville de Tenri où une dame Onishi Aijira fonda en 1925 la secte Tenri Kenkyukai devenue Tenri Honmichi, une secte inspirée du shinto, qui compte plus de 300 000 membres, y compris en Afrique.

Sous le ciel très gris et devenu pluvieux, nous aurons tout loisir d'observer le paysage et d'essayer de l'interpréter. Un constat, les collines couvertes de forêt vues les jours précédents cèdent du terrain au profit des cultures et notamment des rizières, à la faveur des plaines et fonds de vallées. On pourrait avoir l'impression qu'un repiquage du riz a été effectué, en réalité il s'agit de riz de repousse (ratooning rice) qui ne produira pas. ici, il n'y a qu'une récolte annuelle (deux au sud de Shikoku). Les portiques d'information sur les autoroutes sont très explicites en ce qui concerne la météo, avec des pictogrammes comme le parapluie et le symbole d'une pluie plus ou moins drue.


Pause sur une aire de services à 15H. Pas besoin de réclamer de pause technique. S'avérerait-il que les Japonais ont une petite vessie ou qu'ils la ménagent?  Tout est très explicite ici, de la manière d'utiliser et même de ne pas utiliser les toilettes, lieux dotés de porte-manteau, de porte-canne,  de siège pour "poser" un bébé pendant le temps... Des tableaux lumineux indiquent aussi les toilettes libres et leur type (siège ou "à la turque"). Pour les conducteurs, des schémas routiers lumineux affichent également des informations sur le trafic (bouchons). Et bien, sûr, les usagers on a leur disposition des batteries de distributeurs en tout genre sur des dizaines de mètres linéaires...

Route reprise, nous passons tout au sud de Nagoya, au bord de la Baie d'Ise.

Nous arrivons à Handa à 16H.  C'est une petite ville de 120 000 habitants, capitale du saké et du vinaigre japonais qui en est issu. On aurait du temps pour visiter un atelier de production mais Noa écarte la suggestion car les usines seraient en périphérie. Pour meubler, un petit tour au Piago  Handa Shop, un supermarché proche de l'hôtel.


Le saké est une boisson fermentée à base de riz qui trouve son origine au IIIe siècle lorsqu'il a été introduit dans l'ouest du pays depuis la Chine. Plutôt qu'un véritable alcool, c'est plutôt une sorte de bière ou de "vin" puisque titrant de 14 à 18°. Pour l'obtenir, le riz est  étuvé dans une eau de source et mis à fermenter après inoculation d'un activateur amylo-fermentaire provoquant la saccharification (transformation de l'amidon en sucre), à l'aide d'une moisissure appelée kōji-kin tirée d'un champignon (Aspergillus flavus var. oryzae), permettant de se passer du maltage utilisé pour d'autres alcools ou du rudimentaire et antique "mâchage dans la bouche". Cela produit le koji qui à son tour subit une fermentation alcoolique, grâce à l'action de différentes levures, pendant quinze jours à un mois. Au départ du processus, on utilise un riz est poli pour le débarrasser des graisses et de l'albumine, jusqu’à ne laisser que le cœur du grain, riche en amidon et plus le grain sera poli, plus le résidu sera faible, et plus le saké sera fin. Parfois, il y est ajouté de l'alcool de distillation. Il peut être consommé froid ou chaud (à différentes températures, entre 37 et 50°).


A 19H, nous allons dîner non loin de l'hôtel au restaurant Yorono-taki. Nous allons trop bien, trop abondamment manger (même que le riz ne nous a pas été présenté):  sashimis de saumon, thon rouge et seiche, saucisses, frites,  tempuras, yuba (peau de tofu roulée), brochettes (yakitori negima) de poireau et de poulet et de boulettes tsukune  et poitrine de porc grillée (buta bara)... Mais nous allons aussi souffrir car nous devons nous asseoir à des tables basses  (bundai ou chabudai), des coussins zabuton  posés sur des tatamis.

Au sujet de la  position assise, comme partout en Asie, il y a une chose à ne pas faire, s'asseoir par terre les pieds devant soi, la plante des pieds est une partie peu noble voire impure. On a tenté quelques instants les positions japonaises:
- assis dans la position à genoux  appelée kiza, la moins inconfortable sauf pour les genoux, qui consiste à  s’asseoir  les fesses reposant  à moitié sur les talons qui sont toujours soutenus.
- assis en reposant les fesses sur les talons avec le dessus des  pieds complètement abaissé sur le sol et les chevilles sont tournées vers l’extérieur du corps. C'est la seiza.
(terme signifiant "s'asseoir correctement"), la façon traditionnelle compassée de s’asseoir au Japon. Une position possible seulement au bout d'un long et douloureux apprentissage (sensation de fourmis, engourdissement).
- assis les jambes croisées en tailleur. Une autre forme de torture appelée agura wo kaku, est considérée informelle et inappropriée dans certaines situations, mais est permise à ceux pour qui le seiza est difficile. Cependant, s’asseoir les jambes croisées est généralement jugé grossier pour les femmes.

On teste avec le plus grand inconfort soit  la position qui convient aux hommes, assis en tailleur (agura wo kaku), soit celle qui sied aux femmes, assis sur les talons (seiza). Guère moins d'inconfort avec des positions dissymétriques non orthodoxes comme assis sur une fesse, une jambe repliée sous soi, l'autre un peu de côté ou encore assis sur une fesse, les jambes jointes sur le côté. Bref que de contorsions... Le seul réconfort, c'est de voir que Nao n'est pas plus à l'aise que nous car à son domicile il a adopté un mobilier de type occidental.

Après cela, guère de possibilité de faire la digestion en se baladant car la ville est vraiment morte lorsque nous quittons l'établissement vers 20H30.

Nous dormons au Candeo Hotel Handa qui ne vaut guère que 2* par la petitesse de ses chambres.

 


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