ORCHHA
   


CASTES et FAMILLES...


LES CASTES CHEZ LES HINDOUS

L'idéal indien est inégalitaire mais dans une pratique égalitaire. Ici, le plus pauvre voisine avec le plus riche, chacun à sa place. "L'Inde est faite d'individus faibles liés par des relations fortes"...

Ce mot est d'origine portugaise (casta="pure"). Avant l'arrivée des musulmans, l'hindouisme permettait des changements de castes en fonction des mérites et des activités pratiquée.  Désormais le système est figé et l'endogamie est encore largement respectée.

Le principe des castes découle de les anciennes Lois de Manou (Mānava-Dharmaśāstra)  remontant aux environs du IIe siècle, bien que celle-ci permît une certaine ouverture (contacts, mariages). Le système a été  durci sous l'influence des brahmanes.  Ceux-ci n'ont étendu leur influence dans le sud de l'Inde qu'à partir du Xe s.
 

LES VARNAS

Il faut ajouter que le système a encore été exacerbé par les Britanniques avec leur méthode de "diviser pour régner"... La notion de castes issue de l'hindouisme (auquel s'est opposé le bouddhisme) est théoriquement prohibée par la constitution de 1947 (rédigée en bonne part par l'intouchable B.R. Ambedkar) mais elle reste malheureusement solidement ancrée dans les mœurs et elle est subie sans grandes révoltes. 

Le terme caste recouvre en réalité deux notions différentes.
Issu des mythes anciens, le système des VARNA (signifiant "couleur") en distingue quatre, dont trois ''pures'':
 -
 au sommet (ceux nés de la parole,
 - ceux nés des bras
 - ceux nés des jambes)
 - et une ''impure'' au bas de l'échelle (ceux nés des pieds). 

Généralement on distingue l'appartenance à telle varna par les noms de famille. Ce système  ne concerne vraiment que les Hindous. Vu d'Occident, c'est souvent à cette seule notion que l'on réduit les mécanismes de ségrégation sociale particulier à l'Inde.  Dans le système des castes, quelque soit la langue, la couleur (et pourrait-on dire la religion !), on distingue donc quatre varna
- Les Brahmanes (à l'origine des prêtres mais aujourd'hui on en trouve dans des tas d'activités). Plus que les autres, ils sont souvent végétariens car manger du vivant est acte impur.
 - Les Kshastriyas (à l'origine des guerriers et nobles), caste souvent confuse, ce qui permet certaines tricheries (des personnes des castes inférieures s'inventent parfois des ancêtres Kshastriyas).  Dans le nord de l'Inde, des Rajpoutes et beaucoup de Sikhs se sont rattachés à cette caste.
 -  Les Vaisays (commerçants)
 - Puis viennent les serviteur ''impurs'', les Soudras (artisans et paysans), les plus nombreux (52% ?) qui sont au contact direct de la matière brute (la terre, le bois, les métaux…) et qui parfois consomment même de la viande de porc.

On distingue encore deux catégories encore inférieures.
 - L'avant-dernière est constituée par les hors castes, les dalits dit ''Intouchables''  (ou parias).  Représentant 16% de la population, ils sont placés au plus bas de l'échelle statutaire des castes.  Impurs (achoot en hindi), ils sont souvent encore méprisés et relégués aux tâches dégradantes (contact avec les déchets: vidangeurs, tanneurs… soins du corps: barbiers… et soins aux morts: employés des crémations…) et en pratique sont écartés de l'accès aux biens publics. En théorie, leur lente reconnaissance remonte à la Constitution de 1951 due au juriste Ambedkar qui interdit les discriminations.
 - A ceux-ci s'ajoutent enfin les populations tribales qui représentent 8,5% de la population.

L'Etat a mis en place divers moyens de revalorisation  de ces ''autres classes arriérées'' qui se désignent elles-mêmes sous le terme de dalit, les opprimés. Parmi ces mesures, on trouve la discrimination positive par quotas. A noter qu'outre B.R. Ambedkar déjà évoqué, un intouchable a pu accéder à la présidence de la république en 1997 (K.R. Narayanan).
 

LES JATIS

Mais, moins connues, aux varna se superposent quelques 200 à 300 JATI qui concernent toutes les populations rurales indiennes, hindoues ou non, y compris dans les tribus.
Cette notion emprunte à celle de confrérie, avec une idée de compétence ou de mérite. Lorsqu'il se superpose aux varna, ce système conduit à des subdivisions supplémentaires dont le critère n'est pas la notion de pureté mais de richesse (terrienne à l'origine).  Ainsi des intouchables peuvent appartenir à un jati dominante et des brahmanes à celle des pauvres. 
En général, le mariage est endogame (au sein de chaque jati) mais une forme de fluidité sociale existe. Par exemple, une femme d'une jati pauvre et d'une varna élevée peut épouser un homme d'une jati riche mais de varna inférieure. Avec la diversification des métiers, l'alphabétisation et l'urbanisation, on assiste donc à une dilution progressive du système.

 

LES FEMMES ET LA FAMILLE

L'organisation familiale des Hindous est de type patriarcal et souvent plusieurs générations (voire tout un clan avec des tantes, cousins…) cohabitent sous un même toit.

LE MARIAGE

La femme ne s'adresse pas directement aux dieux mais par l'intermédiaire de leur swami, époux, seigneur et maître…

Le mariage plus ou moins ''arrangé'' reste la norme (90%). Autrement fois, l'accord des familles était conclu alors même que les ''fiancés'' étaient encore de enfants en bas âge. Cependant de plus en plus, surtout en ville, un éventail de choix est proposé aux enfants pour lesquels des rencontres sont aménagées. Mais après tout, n'était-ce pas une pratique encore fréquente chez nous il y a une cinquantaine d'années dans les milieux ruraux et dans la bourgeoisie?

Il ne faut oublier également le système de la dot qui pénalise les femmes. Officiellement proscrite, tout comme les castes, cette pratique perdure et à même tendance à s'accroître dans un souci de recherche d'argent par la belle-famille. Parfois les familles pauvres doivent s'endetter auprès de redoutables usuriers pour fournir une dot (cf. le livre et le film ''La cité de la joie''). Toutefois, dans les basses castes, c'est la famille de l'homme qui verse une dot à la belle-famille (comme en Extrême-orient).
Maigre dot=épouse maltraitée !

Outre le coût de la dot, le mariage entraîne d'énormes frais (en moyenne plus de 30 000 $). L'évènement  est ruineux car le nombre minimal d'invités est d'une centaine mais peut souvent être de quelques milliers et les frais supportés par la famille de la mariée....

En cas d’échec de la vie de couple  (10% de divorces) ou de veuvage, c'est pour la femme hindoue une perspective de résignation du fait de l’impossibilité de rentrer à la maison paternelle et de l’incapacité de gagner sa vie. Les basses castes, tout comme les sikhs, font exception: divorces et remariages n'y sont pas rares... Si l’amour est parfois à l’origine de mésalliances, grand malheur si la femme se lie à un homme de caste inférieure, elle pourra être battue voire tuée par son propre père ou l'un de ses frères, gardiens de l’honneur familial.

La femme se sacrifie à ses devoirs, en particulier à l'égard de sa belle-famille et, à ce titre, est, en tant que mère, l'objet d'une dévotion. Toutefois, on attend d'elle qu'elle mette au monde un garçon (si possible au rang d'aîné), d'où parfois une multiplication des naissances de filles (si elles ne sont pas "avortées") avant d'avoir enfin le garçon !
 

LA FEMME

La jeune femme vit en retrait. Ce n'est que devenue mère et que ses propres enfants mariés vivent sous son toit qu'elle peut régner sur sa maisonnée...

La femme ne s'adresse pas directement aux dieux mais par l'intermédiaire de leur swami, époux, seigneur et maître…
En respectant le patrivat (voeux de consécration à l'époux), la femme accompli son dharma.

On penserait que l'afflux de population vers les villes s'y traduirait par des changements d'attitudes. Ce n'est pas le cas car le mode de vie urbain conduit au développement de la consommation, laquelle requiert plus de moyens financiers auxquels les gens font face au détriment de l'existence des petites filles..
Au poids des traditions, s’ajoute l’irruption de nouvelles mœurs et perversions criminogènes dans les grandes villes. Ainsi Delhi, ville dangereuse particulièrement la nuit, compte près du tiers des viols commis dans le pays.

Les filles sont exclues de l'héritage (partage égalitaire seulement entre les garçons).

Ces faits révélateur de la dévalorisation de la femme peuvent expliquer tout à la fois, d'une part, des avortements sélectifs illégaux pratiqués en clinique, surtout dans les villes, ou bien le "traditionnel" infanticide de petites filles parfois encore pratiqué dans les campagnes (ces trait sont communs avec la Chine, chacun des pays accusant un déficit de filles de l'ordre de 60 millions !) et, d'autre part, une natalité importante (cette fois, en opposition au comportement chinois). Parmi les filles qui échappent à ce "contrôle" sauvage, beaucoup sont prénommées Nakoshi, ''l'indésirée'' (!).
A l'âge de 6 ans, le déficit féminin est patent dans beaucoup d'Etats: 8 à 9 filles pour 10 garçons.

Il faut savoir que le veuvage pour les femmes hindoue reste une malédiction. Une veuve ne peut pas se remarier et souvent la belle-famille la rend responsable de la mort de son époux...
Il faut rappeler l'ancienne tradition minoritaire des sati
lorsqu'il y a un peu plus d'un siècle, les veuves  (voire des favorites) se jetaient encre dans le bûcher funéraire de leur mari  (ou de leur seigneur), voire le cas où l'on jetait une petite fille sur le bûcher de son petit garçon de fiancé! Ce terrifiant sacrifice des sati était apparu au VIe siècle et s'est parfois poursuivi au-delà de son interdiction promulguée en 1829 (mais quelques faits divers ont continué de se produire par la suite).
Néanmoins, si le temps des satis est révolu (et proscrit), dans les castes supérieures respectant plus que d’autres les traditions, les veuves sont souvent conduites à une sorte de néant social, ne sortant plus, ne pouvant se remarier… Dans les autres castes, les veuves sont considérées avec suspicion car elles porteraient malheur à leur éventuel nouveau conjoint...

Si des femmes ont eu accès aux plus hautes fonctions gouvernementales comme Indira Gandhi, ce sont des exceptions. Certes depuis une loi de 1993, le tiers des sièges des conseils communaux (panchayat) et des postes de chefs de village (sarpanch) leurs sont réservées. Elles s'acquittent de ces tâches à la satisfaction générale mais la généralisation de la mesure aux instances politiques supérieures se fait attendre (elles ne sont que 11% au Parlement et le plus souvent appartiennent aux castes supérieures). Rappelons que Indira Gandhi (fille de Nehru, mère de Rajiv Gandhi et belle-mère de Sonia) fut en 1966 l'une des premières femmes à accéder aux plus hautes responsabilités politiques d'un pays en devenant Premier Ministre (après Sirimavo Bandaranaike qui dirigea le gouvernement du Sri Lanka voisin dès 1960). Ou encore, ou Pratibha Patil élue Présidente de la République en juillet 2007...

 

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Jeudi 4 février, après-midi

 Il est 14H30 lorsque nous arrivons à Orchha. Les salons de mariage fleurissent à l'approche de la ville. Mahipal nous indique que c'est un évènement ruineux car le nombre minimal d'invités est d'une centaine mais peut souvent être de quelques milliers et les frais supportés par la famille de la mariée (outre la dot)....

Orchha ("lieu sacré") n'a rien à voir avec les villes précédentes, ce n'est qu'un gros village d'environ 8 500 habitants.  Ici le temps semble s'être arrêté et les monuments n'ont pas la magnificence de ceux de Gwalior. C'est une cité médiévale si d'autant plus belle qu'elle est relativement peu connue et hors des circuits touristiques classiques.

Les Bundelâ descendent des Rajputs Gaharwar de Bénarès et sont arrivés au Bundelkhand en 1048 lorsque les armées musulmanes ont expulsé les Rajputs de la vallée du Gange. La petite ville arrosée par la rivière Betwâ, affluent de la Yamuna s'est développée à partir de 1501 avec l'arrivée au pouvoir du premier Râja Bundelâ, Rudra Pratap Singh.
Orchha était alors la capitale de l'état princier du même nom jusqu'en 1783 lorsque les Bundelâ la déplacèrent à Tikamgarh, face à l'expansion de l'Empire Maratha ce qui a abouti à l'intégration de la moitié du territoire dans l'Etat de Jhansi. L'État princier d'Orchhâ subsista jusqu'en 1950 puis fut intégré dans les États du Vindhya-Pradesh puis du Madhya-Pradesh.

Nous passons à l'hôtel de charme Bundelkand Riverside ***(*) pour y déjeuner.
Le Bundelkand Riverside était un ancien pavillon de chasse du maharaja, occupant un terrain pittoresque de 20 hectares sur les rives de la rivière Betwa au lit jonché de gros rochers et est situé tout à fait à l'écart de la localité. Superbe hôtel de charme mais les installations électriques et sanitaires des bungalows installés près du rivage laissent plus qu'à désirer ayant certainement plus qu'un demi centenaire d'âge. Quant au wifi, n'en parlons pas... l'histoire s'est arrêtée ici à la fin de l'Empire des Indes britanniques.
 



La salle à manger est en tout point conforme au charme désuet de l'établissement.

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Le fort et les palais

A
près ce déjeuner bien tardif et un trajet vers le village, il est plus de 15H30 lorsque nous commençons la visite des sites d'Orchha.
On entre dans la ville en franchissant une porte couronnée d’un Ganesh rouge.
Après avoir traversé un pont sur un petit bras de la Betwâ, nous arrivons devant un escalier monumental (doublé d'une rampe d'accès pour véhicules) conduisant au fort.

Bâtis sur une éminence, l'ensemble des trois palais  qu'il renferme
se présente ainsi: face à nous, au fond le Sheesh Mahal, l'encadrant sur la gauche le Jahangir Mahal partiellement utilisé comme hôtel de luxe et à droite le Raj  Mahal. Des édifices dont un relevé détaillé a été effectué en 2006.



Le Râja Bir Singh Deo devint un homme puissant en 1605, lorsque le prince Salim, dont il était l’allié, devint l’empereur Jahangir. Nous ne visiterons pas le Jahangir Mahal qu'il fit aussitôt construire en l'honneur de l'empereur Jahangir qui vint en visite à Orchhâ en 1606 et ne l'utilisa qu'à cette seule occasion. Il est typique de l'architecture moghole. On ne le visitera pas. Dommage! On pourrait y voir de magnifiques chambres royales, ornées de peintures murales, aux teintes encore fraîches, décrivant des scènes mythologiques. Par l'extérieur, on remarquera les deux lignes de balcons qui courent sur sa façade ainsi que la balustrade ornementale qui relient les dômes couronnant l'édifice.
En revanche nous allons passer un peu plus d'une heure dans les deux autres palais.

Le Raj Mahal a été construit en 1531 par le troisième rajâ Madhukar Shâh (défait plus tard par Akbar et exilé). Des escaliers étroits et aux marches hautes et inégales permettent d'accéder aux étages et coursives d'où l'on a des vues intéressantes tant sur l'intérieur du fort que sur la bourgade et ses environs. En direction de l'ouest, vues vers le village dominé par l'imposant temple Chaturbhuj et par le palais-temple Ram Raja aux couleurs claires et aux coupoles rose et or, sur sa droite, et plus loin (un kilomètre) encore le temple Lakshmi Narayan au plan en croix construit en 1622 sur les ordres de Bir Singh Deo, un étrange mélange de temple et de fort, peu visité.
 

 

Les bâtiments de la dernière cour, à l'est, sont ornés de scènes de la mythologie hindoue (Ramayana avec le "barattage de la mer de lait") et de représentations de Vishnou, Rama, et de  Krishna, des peintures parfois dégradées. La chambre de la rani (l'épouse du Râja) est ornée de délicates scènes profanes, de chasse et du gynécée. La porte sud, encadrée d'éléphants de pierre sombre est impressionnante. Après avoir grimpé jusqu'au dernier étage, la vue porte encore vers l'est  par les balcons d'où l'on voit divers ruines: résidences d'officiers et ministres, usine de poudre à canon... tandis que de nombreux cénotaphes ou chhatris des gouverneurs parsèment les environs du fort et de la rivière Betwa dans un environnement de jungle (qui évoque un peu le site de Bagan en Birmanie).  Au pied du palais, on peut voir une grande meule qui doit parfois encore être utilisée. Bientôt on peut voir un impressionnant vautour venir se poser près de nous, sur un couronnement de coupole en forme de lotus.

Après cela, nous quittons les palais pour, depuis le pied du fort, pouvoir jeter un coup d'oeil  sur les côtés ouest et nord de l'ensemble et notamment le Jahangir Mahal, après être passé prés des ruines du siège de l'Etat-Major, Shyam Daua ki Kothi. Près de là on peut voir une statue de pierre objet de dévotion puisque peinte en vermillon et revêtue d'une tunique écarlate. S'agit-il de Lakshmi, la fidèle épouse de Vishnu?

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Le village et le temple Chaturbhuj

Nous repassons le pont sur le bras de la rivière Betwâ pour aller visiter le village. Après avoir franchi une porte moderne de couleur jaune, nous tombons dans une assez grande animation car les fidèles achètent des offrandes qu'ils vont faire dans le temple de Rama. Fait unique, c'est un ancien palais reconverti en temple à la suite d'une prophétie. Tous les soirs, la statue du dieu reçoit l'hommage des fidèles et visiteurs tandis qu'un militaire demeure au garde-à-vous devant la statue de Rama pendant tout le temps de la cérémonie. Pour notre part, nous n'avons pas assez de temps pour nous y rendre.



En revanche, nous allons visiter le Chaturbhuj, un ancien temple du IXème siècle construit sur  une haute et vaste plate-forme de pierre. Il est  dédié au dieu Vishnu. Sa silhouette massive dominée par une très haute tour conique (shikhara) ferait davantage penser à un fort qu'à un temple. L'intérieur vaut le coup d'oeil pour se rendre compte des proportions et du curieux plan cruciforme de l'édifice. De la plate-forme, nous avons une superbe vue sur les palais du fort parfaitement éclairés par la lumière de fin de journée (il est 17H).  De là, nous avons également une vue sur des salons de mariage installés sur une place voisine. Pour avoir un panorama plus intéressant, si l'heure n'était pas si avancée, il faudrait monter dans le shikhara...   
Des vaches se prélassent au soleil couchant non loin du temple.
 

VACHES SACREES, ZEBUS ET BUFFLES D'EAU

La vache sacrée est un terme d'origine occidentale pour nommer la zoolâtrie à l'égard des bovins, en particulier en Inde. Le terme indien et originel est Gao Mata (en hindi), c'est-à-dire "Mère Vache" ou "Vache Mère". Elle représente la sacralité de toutes les créatures. Le mot vache viendrait du sanskrit vaç désignant une génisse. Les vaches laitières sont également appelées aghnya qui signifie "que l'on ne peut pas tuer". La vache (les zébus femelles, mais aussi les bufflonnes) est donc vénérée dans toute l’Inde.

Les bovins étaient déjà très importants pour le peuple de l'Inde ancienne, et plusieurs textes sacrés de l'Inde antique  leur sont consacrés (dont le  Rig Véda qui remonte à environ 2500 ans). Depuis le Ve siècle avant J.-C., en Inde, la vache (en fait un zébu) est considérée comme la mère nourricière du peuple Hindou et à ce titre est "sacrée" (les singes et les serpents le sont également).
La vache mène donc une vie paisible, en pleine ville au milieu du trafic automobile ou à la campagne, achevant parfois sa vie dans une "maison de retraite pour déesse" (goshala, des refuges pour les vaches). Autre privilège, lorsque les vaches sacrées meurent, elles sont comme 5 catégories d'êtres humains (femmes enceintes, enfants, malades de la variole ou lépreux, sâdhus, morts de morsure de cobra) directement jetées dans le fleuve.

La vache étant sacrée, la tuer ou même l'insulter est un crime. Etre pris à tuer une vache ou à avoir de la viande est passible de 5 ans d'emprisonnement et d''une forte amende (145€). On peut citer une rumeur infondée remontant à 2014 selon laquelle le  footballeur Nicolas Anelka aurait été condamné à 40 ans de prion (!) pour avoir consommé de la vache lors d'un barbecue.

Cet animal fournit un aliment de première nécessité, le lait et ses dérivés. Parmi ces derniers, il faut citer particulièrement le ghi (beurre fondu), servant à la fois de produit de luxe que l’on ajoute au riz et comme offrande par excellence à la Divinité. On en oint les statues et emblèmes des Dieux, on en jette dans le feu sacré qui transmet aux Dieux les prières et invocations des hommes. La vache donne la bouse, laquelle, mélangée avec des végétaux et séchée, fournit du combustible. Cette même bouse, combinée à l’eau et répandue sur la terre battue qui constitue le sol de la plupart des habitations, éloigne les insectes, y compris les scorpions. La bouse et l’urine de la vache entrent aussi dans la fabrication de mélanges utilisés dans la médecine populaire. La bouse réduite en cendre sert aux yogis sâdhus qui s'en enduisent le corps.

Dans les hautes castes hindoues, la viande est impure, en revanche les intouchables consomment du porc et même la viande de boeuf. Suivant le principe de la non-violence, les Hindous pratiquants évitent de blesser les animaux, ne mangent pas de bœuf, et la plupart sont végétariens. Pour leur karma, les conducteurs ont tout intérêt à ne pas avoir d'accident avec cet animal, prioritaire entre tous...

Avec le développement économique et l'internationalisation de la culture, dans les classes sociales supérieures, à ne pas confondre forcément avec caste supérieure (!), les traditions se diluent peu à peu, qu'il s'agisse de la pratique religieuse, du mariage ou même plus simplement de la nourriture. Un signe de réussite sociale, c'est aujourd'hui de consommer ostensiblement des mets carnés, y compris du sacro-saint boeuf voire même du porc, aliments qui dans la tradition n'étaient admis que pour les intouchables...

Si la vache donne naissance à un mâle qui deviendra un bœuf, ce dernier n'aura pas le statut privilégié de sa mère car seule  la vache,  possède l'exclusivité de ce statut sacré. Se nourrir de la vache se trouve donc proscrit pour tous, mais le bœuf est mangé par les basses castes et les intouchables. Cette pratique est répandue dans les Etats du sud comme le Tamil Nadu où les hautes castes sont peu nombreuses. On a pu le constater lors d'un précédent voyage dans le sud,  cela se traduit par la vente de bouefs (et non de vaches) du Tamil Nadu pour les abattoirs du Kérala qui compte  des mangeurs de viande tels que les musulmans ou les chrétiens. Kérala qui de plus est un Etat communiste et laïc. Cependant les choses changent avec les nationalistes hindous au pouvoir dans certains Etats comme le Maharashtra où depuis l'an dernier la consommation de viande de boeuf  est passible de 5 ans d'emprisonnement et d''une forte amende (145€), une tolérance subsiste pour celle de buffles.

En fait, quand on parle de vache en Inde, on confond sous un même vocable plusieurs espèces de bovins. Il s'agit le plus souvent du ZÉBU (Bos indicus), bovin du sud de l'Asie, sauvage à l'origine puis domestiqué. On pense que le zébu descend du banteng, le bœuf sauvage de Java et de Bornéo. Sa caractéristique principale est une grande bosse musculeuse sur le dos, entre les épaules. Les zébus ont des oreilles pendantes et d'énormes fanons (grand pli cutané situé sous la gorge de certains bovidés). Si la plupart des zébus sont réputés avoir de courtes cornes, ce n'est pas vraiment le cas dans le sud de l'Inde où ils sont souvent bien pourvus... Ces animaux sont utilisés en Asie et en Afrique comme bêtes de somme, pour leur lait (et leur viande! éventuellement) du fait qu'ils sont très résistants à la chaleur et aux maladies tropicales.
Autre bovin typique, l'arni ou BUFFLE D'EAU ou buffle indien (Bubalus bubalis). Il a l’aspect lourd (jusqu'à 1200kg) et massif et il possède un corps robuste qui ne présente ni bosse ni fanon. Mâles et femelles portent de puissantes cornes, souvent en forme de croissants. Le buffle d'eau est la seule domestiquée des quatre espèces de buffles existantes. Adapté aux milieux marécageux, c'est donc l'animal de trait idéal dans les rizières.
Mais d'autres espèces bovines plus communes ont été introduites, notamment les races de vaches laitières très productives sélectionnées en Europe ou en Amérique du nord (frisonnes, holsteins). Ces animaux sont-ils bien adaptés au climat et aux ressources du pays? On peut également voir dans la campagne indienne certains produits de leur croisement avec les espèces indigènes.

L'Inde possède plus de bovins que n'importe quel autre pays et ils représentent une richesse appréciable pour l'économie indienne (animaux de trait, production de lait). Leur peau n'est utilisée qu'après leur mort naturelle.


Pour terminer, petit tour en arpentant la rue principale jusqu'à la porte de la ville, sur la route venant de Gwalior et de Jhansi. Nous voyons la rusticité des transports en commun  en remorques agricole  (transportant des femmes pour l'essentiel) tandis que nous croisons une procession de femmes se rendant au temple Ram Raja probablement, précédées de deux tambours.  Un palefrenier conduit un cheval enrubanné sans doute utilisé pour tracter un carrosse d'apparat pour un mariage. Ici, dans une échoppe un barbier est à l'oeuvre alors que là, sur un trottoir, quatre hommes jouent à un jeu qui ressemble un peu au billard, le carrom, surnommé d'ailleurs "billard indien". Le jeu se joue en équipe de deux, les joueurs d'une même équipe se font face. On joue avec des palets que l'on fait glisser sur un tablier en bois, en simplifiant, on put dire que le but du jeu est de placer tous les pions d'une couleur dans les trous situés aux quatre coins du plateau carré.

Il est un peu plus de 18H lorsque nous revenons à l'hôtel pour constater que le cadenas de l'une de nos valises ne fonctionne plus. Il ne reste plus qu'à demander à un employé de le forcer avec un tournevis... Remis de nos émotions, petit tour sur la terrasse construite au-dessus des bungalows et des bâtiments de réception et de restauration qui encadrent la cour. Joli coup d'oeil sur la rivière au crépuscule.

 


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